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Quatre saisons pour un jardin : L'hiver

1er mars

Mars est souvent pour la jardinière que je suis, un mois qui n’en finit pas de finir… Il est la charnière la plus sensible entre l’hiver et le printemps….
Après les longues journées sombres et froides, chacun aspire à se mettre enfin les mains dans la terre … Pourtant, il faut se méfier de ce traître mois, et encore plus qu’en février !
Parfois, le printemps est en avance et les fleurs précoces de certains fruitiers éclosent avant l’heure : attention ! Gare aux gelées matinales qui feront irrémédiablement « couler » les malheureuses, compromettant ainsi tout espoir de récolte !
Alors, qu’espérer ? Un printemps précoce, favorisant le retour tant attendu au jardin, ou quelques jours d’attente supplémentaire garants d’une bonne production ?
L’impatience nous ferait souhaiter le premier, la raison nous pousserait vers les seconds…

L'hiver a été rude, il est temps de faire rentrer du bois pour l'hiver prochain !

L'hiver a été rude, il est temps de faire rentrer du bois pour l'hiver prochain !

Heureusement, mois de mars confondus, les activités peuvent tout de même reprendre au jardin : au potager, je décide d’arracher les derniers poireaux avant qu’ils ne deviennent filandreux avec le retour des beaux jours ; cela va libérer l’ensemble de la surface que je vais aménager différemment. Divisée en quatre petites parcelles, en forme de croix, elle confirmera le style « jardin de curé » que j’affectionne particulièrement.
Au centre, je planterai un rosier tige moderne « Burgundy ice », une extraordinaire mutation pourprée de la célèbre variété blanche « Iceberg » ou « Fée des neiges », que je possède déjà sous la forme tige, mais aussi en buissons, aux endroits ombragés du jardin.
« Burgundy ice », distribué par « Les roses André Eve », a gardé toutes les qualités de « Iceberg », en particulier une floraison très remontante et un port souple. Tous deux associés en bouquets ne manqueront pas de produire un charmant effet…

Sur le muret, aux pieds des  arbres à kiwis , je vais préparer le terrain pour semer des graines de potirons dont la production, beaucoup trop substantielle pour la cuisine, servira surtout à décorer les abords de la maison cet automne.
Le potager est petit : pas plus de 20 m2, le reste étant dédié aux fleurs et aux arbres… Le choix est souvent cornélien lorsque je dois éliminer des végétaux par manque de place… L’année dernière, j’avais planté des pommes de terre. La récolte avait été belle, mais peu significative au regard de la place qu’il m’avait fallu leur accorder… Une bonne expérience néanmoins…
Les couches inférieures du tas de compost fermentent depuis plus d’un an. Par un bel après-midi, je décide d’étaler sur les massifs et au potager cet or noir au délicieux parfum de sous-bois.
Mon tas de compost est installé au fond du jardin, sous les noisetiers. Il semble se plaire à cet endroit car je récupère tous les ans plusieurs mètres cube de cet engrais idéal, parfaitement équilibré dans sa composition.

Fermé par des barrières amovibles, le compost est facilement accessible;

Fermé par des barrières amovibles, le compost est facilement accessible.

La ville, dans un souci citoyen, fournit des silos en bois ou en plastique tout fait, mais après avoir essayé le modèle en bois, j’ai décidé de le démonter pour le remplacer par un silo de ma fabrication.
Le premier, trop petit pour la somme de déchets que le jardin et la famille produisent, a été offert à un ami jardinier qui le trouve fort utile pour la taille de son petit jardin de ville.
Mon composteur fait environ deux mètres de long sur autant de large. Il s’agit davantage d’un espace qui trouve des limites naturelles, que d’un bac fabriqué. Le mur de clôture lui sert de fond, la base de la touffe de noisetiers de côté, et il est accessible aussi bien sur le devant que sur le derrière grâce à un jeu de barrières en bois escamotables. Cela me permet d’alterner plus facilement les endroits de prélèvement. Evidemment, retourner régulièrement le tas permet d’accélérer le processus de décomposition, mais cette tâche est très fatigante car les végétaux pèsent lourd à bout de bras de femme ! Alors, j’essaie de trouver des alternatives à ce travail ingrat.
Le compost ne devrait plus laisser indifférent tout jardinier qui se respecte : c’est la solution miracle à l’épineux problème des restes.
Et faire son propre compost est un jeu d’enfant : il s’agit simplement de rassembler dans un petit seau approprié disposé à proximité de la maison, tous les déchets produits par la cuisine (épluchures diverses, coquilles d’œufs, marc de café, sachets de thé, boîtes d’œufs en carton, cendres de bois non traité…) et d’aller l’étaler sur le tas avec les déchets du jardin (tontes de pelouses, résidus de haies aux feuillages « souples », feuilles mortes…). Il faut seulement veiller à exclure les mauvaises herbes montées à graines, les végétaux malades, les pelures de fruits traités, les feuilles trop raides, type laurier du Caucase, le papier journal dont les encres sont toxiques et les bois de trop fortes sections…
Toutefois, les tontes de gazon sont difficiles à composter en été : sèches, elles ont tendance à s’agglomérer en paquets de foin qui ne se compostent pas ; humides, elles pourrissent sans rien apporter… L’idéal est d’alterner les couches de gazon avec d’autres végétaux et d’ajouter un activateur de compost d’origine végétale qui stimule l’activité des micro-organismes.
Avec le ver du fumier qui vit sous les écorces, le lombric est le plus commun. On le retrouve dans tous les sols pourvus de matière organique où il joue un rôle essentiel dans le cycle de l’humus, et donc la fertilité du sol. Introduites dans le compost, ces deux espèces accélèrent le processus de transformation des débris organiques ; elles sont très facilement reconnaissables : le ver de terre est plus long, plus épais, plus sombre que le ver du compost, fin, de couleur rougeâtre et souvent emmêlé en « nœuds de vers » grouillants.
Quel que soit le type de silo choisi, il est indispensable que l’air et l’eau circulent dans le tas pour que les plantes soient prises en charge par toute une chaîne d’êtres vivants au niveau du sol, de la limace au lombric, en passant par des champignons microscopiques et des bactéries. Sans ce processus naturel, reproduit dans son silo par le jardinier, la planète finirait par étouffer sous ses propres déchets…

Le compost est bon à étaler sur les massifs...

Le compost est bon à étaler sur les massifs...

En moins de six mois, on peut obtenir un compost utilisable. Au contraire du dessus du tas qui présente des végétaux encore entiers, chauds si on les touche, voire fumants aux premiers jours de froid, le fond du tas est brun, friable et dégage une bonne odeur de mousse et de forêt. Et quel plaisir d’apporter au sol la nourriture que l’on a confectionné pour lui avec amour…
Pour ma part, je ressens à faire ce geste, la même satisfaction que celle que j’éprouvais lorsque je donnais le biberon à mes enfants encore bébés ! Cette satisfaction que je retrouve aussi lorsque j’abreuve mon jardin un soir d’été et que je l’entends me remercier en clapotant doucement sous le jet d’eau tiède qui lui redonne la vie…

jJe reproduis le geste auguste du semeur et distribue sa nourriture à la terre...

Je reproduis le geste auguste du semeur et distribue sa nourriture à la terre...

En attendant, j’étale consciencieusement mon compost… Peut-être que cette épaisseur empêchera les prêles de surgir inopinément entre les vivaces ? Un excès de précipitation m’a fait négliger le traitement des massifs avant la plantation. A présent, je dois lutter en permanence contre les mauvaises herbes, prêles et liserons essentiellement… Aucun herbicide sélectif biologique n’est utilisable, sans risque de tuer les arbustes et vivaces déjà plantés… Je verrai bien ce qu’il adviendra le mois prochain…
Pour le moment, tout semble tellement endormi… Et comme chaque année, je m’interroge avec anxiété : quand l’été va-t-il revenir, et reviendra t-il seulement ?

Armée de mon sécateur, je taille les glycines. Il y en a plusieurs, dont une, plantée sur le trottoir que j’ai colonisé sans que la ville trouve à redire à cette initiative. Elle fait plus de cinquante mètres de long et est magnifique en floraison.
Mon voisin de droite l’admire chaque année au mois de juin, et nous avons décidé d’un commun accord que je ne la taillerai plus de son côté. D’ici quelques années elle aura recouvert sa façade, et qui sait, peut-être qu’à son tour, le voisin suivant lui demandera de la laisser courir librement, et ainsi de suite ?
J’adorerais que cette glycine voyage ainsi, de maison en maison, trait d’union parfumée entre des gens souvent trop pressés pour avoir le temps de discuter par-dessus le grillage, ainsi que le faisaient nos grand-mère, à la campagne, autrefois…
Je rectifie la forme, coupe les rameaux morts, attache les longues branches sur le support, en prenant bien soin de les démêler des rambardes, poteaux et autres clôtures auxquels elles ont la fâcheuse habitude de s’accrocher, causant après plusieurs années des dégâts irréparables !

lLes rameaux noirs et nus tombent sous la lame aiguisée de mon sécateur.. Et moi, j'imagine la magnifique floraison qui se déploiera dans seulement deux mois !

Les rameaux noirs et nus tombent sous la lame aiguisée de mon sécateur.. Et moi, j'imagine la magnifique floraison qui se déploiera dans seulement deux mois !

Passionnée par les jardins médiévaux et leur époque, je décide d’utiliser la technique du pochoir pour décorer un des piliers du portail d’entrée, à la manière des enluminures : la glycine, reine en son mois, se verra dorénavant concurrencer par la rose, reine des fleurs, elle aussi ! Et toutes deux orneront la vieille cloche que m’a offerte un ami, et qui servait autrefois à rappeler les nonnes éparpillées dans le parc d’un cloître à des activités plus religieuses…

Gong, gong, gong... J'arrive, j'arrive... Je suis au fond du jardin !

Gong, gong, gong... J'arrive, j'arrive... Je suis au fond du jardin !

J’hésite un instant devant les rosiers : ils ont bien besoin d’être taillés eux aussi !
Mais ne vais-je pas faire prendre des risques aux jeunes pousses qui ne vont pas manquer de se former, s’il gèle ? Mais l’hiver a déjà été tellement froid cette année qu’on peut espérer qu’il a décidé de lâcher prise, enfin… Je me lance, je compte les yeux : un, deux, trois… et je coupe net, en biseau, la coupe orientée à l’extérieur pour que l’eau ruisselle du bon côté.
De Vendée, j’ai rapporté un magnifique rosier ancien « Adélaïde d’Orléans », un hybride de sempervirens (Jacques, 1826). J’ai demandé au pépiniériste de ne pas tailler l’arbuste. Je le ferai moi-même, mais de façon moins drastique, car j’ai toujours un petit serrement de cœur en voyant tomber les longs rameaux, pleins de promesse…
«Adélaïde d’Orléans » ira étoffer « Pierre de Ronsard » sur son obélisque piqué au coin du potager. Planté depuis 3 ans, ce dernier commence seulement à se plaire, mais est encore bien maigre. Remontant, il sera fleuri quand sa voisine sera fanée depuis longtemps… Je crois qu’ils feront une bonne paire et que leur couleur sera bien associée.

Je commence la rénovation du mobilier de jardin : le salon en teck a beaucoup grisé pendant l’hiver : un bon coup de pinceau trempé dans de l’huile spéciale ne lui fera pas de mal ! Il m’en reste un peu, cela fera mon affaire !

Entre deux averses, tant bien que mal, je parviens à séjourner quelques heures au jardin… Le soleil se fait vraiment désirer ! La France entière est sous l’eau, après que la tempête ait récemment ravagé le grand sud ouest. J’éprouve un peu de honte à me plaindre du mauvais temps, lorsque tant de pauvres gens viennent de subir l’inconfort des inondations, du froid et de l’absence d’électricité…
De mémoire d’hommes (mais chacun sait combien ils ont la mémoire courte…), il n’a jamais tant plu…
Alors, pour me réconforter, j’observe avec émotion les premiers bourgeons et les premières fleurs : la vie est de retour !

Les gracieuses héllébores sont épanouies et font un pied de nez à l'hiver qui ne veut pas s'en aler...

Les gracieuses héllébores sont épanouies et font un pied de nez à l'hiver qui ne veut pas s'en aller...

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1 commentaire pour : Janvier, février, mars

  • admin

    A Sylviane qui a envoyé un commentaire qui m’a beaucoup touchée :Tu seras la bienvenue, le jardin est grand ouvert… Tu as trouvé le texte chaleureux. Si tu l’as ressenti ainsi, c’est que nous sommes sur la même longueur d’onde !
    A bientôt !

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