Le XVIIIème, siècle des lumières marqué par un formidable mouvement d’idées philosophiques, est le siècle de Montesquieu, sage et équilibré, Voltaire, un brin sectaire, Diderot, un peu débraillé, et surtout Rousseau qui lance un cri d’alarme dont notre siècle amplifie l’écho. « Le viol de la terre et de l’espace fait courir un danger mortel au genre humain« … Si le XVIIème siècle avait marqué le triomphe de l’homme sur la nature avec ses jardins « à la française » (André le Nôtre à Versailles…), la nature au XVIIIème siècle reprend ses droits… Elle cesse d’obéir aux lois rigides de la géométrie : les arbres redeviennent inégaux, les massifs capricieux, les fleurs extravagantes… Les parcs « à l’anglaise » prennent le pas sur les jardins « à la française »… Il en va de même pour les hommes qui se libèrent de leur carcan de convenances et d’idées toutes faites… Ce nouvel état d’esprit va donner naissance à « l’esprit XVIIIème » qui évoque en nous le souvenir d’un art de vivre qu’on dit à jamais disparu… Comment le ressusciter sans tomber la caricature ?
La maison du XVIIIème siècle va répondre à une demande qui émerge avec le vent de liberté et la passion du savoir qui se met à souffler sur l’Europe toute entière… Avec une insouciance sans précédent, la royauté agonise doucement dans le murmure raffiné d’une société élégante qui évolue au milieu des beaux objets… Les hommes imaginent des « cabinets de curiosité » qui satisfont à leur soif de connaissance et à leur goût de l’insolite… Les femmes se délassent dans leur boudoir où elles expriment librement leurs désirs en rêvant dans leur jardin secret… La conversation, que ce soit dans les cabinets de curiosité ou dans les boudoirs, s’élève au niveau de l’art…
Imaginer un intérieur XVIIIème siècle, ce n’est pas reconstituer un musée aussi poussiéreux que les objets dont il serait encombré, mais plutôt mettre en scène quelques vieux meubles, un tissu adouci par les outrages du temps, un tableau marqué par les années, un livre aux feuillets jaunis, un souvenir… Que toutes ces pièces aient été retrouvées au fond de la cave, dans une brocante anonyme ou dans un vide-grenier, peu importe… Elles sont surtout prétexte à la mise en scène revisitée du XVIIIème siècle… Le plus extraordinaire dans cette réinterprétation est le bonheur avec laquelle elle s’associe aux objets contemporains… Nos intérieurs se sont réduits à la mesure de notre vie routinière : fini les pièces immenses aux plafonds sans limite et les bibliothèques aux rayonnages sans fin… Il nous faut à présent composer avec des espaces beaucoup moins vastes ou les objets ne sont plus étalés dans un savant désordre… L’alchimie secrète qui s’établit entre la juxtaposition de quelques objets anciens et ceux du présent, le choix des couleurs fanées, comme poudrées par les restes de cette poudre autrefois utilisée pour les perruques, les innombrables prétextes pour imaginer de nouvelles combinaisons qui nous ramènent au passé, tout cela va éveiller notre imaginaire et évoquer ce raffinement poussé à l’extrême d’un siècle pas si disparu que cela… En voici mon interprétation, toute personnelle :

La salle à manger : sur le mur, des assiettes anciennes représentant des oiseaux tous différents... En fond, une horloge marquée "Café des Marguerites". Sur le petit buffet, une accumulation d'objets hétéroclites...

Détail des curiosités présentées de gauche à droite : une cloche ancienne en verre sous laquelle 3 poires sont posées sur un très vieil ouvrage botanique daté du fept novembre mil fept cent quatre-vingt huit (1788) "Dictionnaire du jardinier françois, Tome second", un écritoire marqueté, époque Napoléon III, avec ses encriers et un curieux bouchon de réservoir à essence d'une des premières automobiles, en bronze doré, représentant un diable qui fait un pied de nez, un épi de faitage et un oiseau en pierre sculptée... Et parce que le XVIIIème siècle est le siècle de la nature, une jolie rose blanche...

Suspendus à un fronton d'armoire ancienne patiné, 3 cadres baroques qui exposent de vieilles cartes postales de l'époque où le Vietnam s'appelait encore l'Indochine...

Une fenêtre qui s'ouvre largement sur le jardin, des arbustes taillés en topiaire, une pomme de pin sculptée, un fagot enrubanné, un petit siège d'appoint recouvert de tissu, de jolis rideaux assortis relevés d'embrasses contrastées et un panier d'osier qui regroupe les outils du jardinier...

Quand les convives prennent place autour de la table délicatement éclairée par les bougies des vieux candélabres...

... et décorée avec tout ce que le jardin peut offrir en automne (chemin de table réalisé en fougères et feuilles mortes, hortensias séchés glissés sous le bout de raphia qui noue les serviettes...), les conversations vont bon train... L'insolite du précieux qui côtoie le naturel...

Le "boudoir" : autour d'une table bouillotte du début du XIXè, de confortables fauteuils club n'attendent que les invités... Sur les murs, des gravures anglaises anciennes représentant le bonheur familial... Et tout autour, le jardin...

Les larges pièces d'office ont disparu... La cuisine est devenue une pièce à vivre, qui n'est plus dédiée qu'aux seuls domestiques... Sous une guirlande de feuilles de vignes, un tableau original de la jeune peintre naturaliste Emilie Camus : Carotte, navet et piment rouge sont parfaits au dessus de la table bistrot très XXè...

Dans le coin gauche, un authentique billot de boucher qui a retrouvé du service... Porte et fenêtre sont grandes ouvertes sur la nature...

Dans l'escalier qui conduit au premier étage, de superbes herbiers composés par une maitresse d'école qui aimait herboriser (juillet 1931) sont accrochés aux murs...

A l'arrivée dans le hall, le piano attend le musicien... En fond, un miroir ancien de style baroque avec deux anges face à face. Posée sur le piano, une très belle pendule avec ses deux chandeliers assortis, époque Napoléon III... Au plafond, un lustre à pampilles en parfait état de conservation...

Dans la chambre ivoire poudré -effet feutré garanti- un lit adossé à des volets laissés "dans leur jus" promet de beaux rêves... Sur le mur, des reproductions de fleurs blanches...

Sur le vieux marbre de la commode de famille, époque Louis Philippe, un buste de femme est mis en valeur par le cadre dans lequel il s'insère en relief...

Salon privé réservé au cercle familial... En fond, une fresque sur bois originale de 9m2 représentant Paris à la Belle Epoque, réalisée sur commande à la peinture à l'huile par le peintre Lucette Jacquemin-Houlet

Confortablement installé dans un fauteuil moelleux, on est bien pour lire un des nombreux traités de jardinage...



En ce dimanche matin orageux, une bien agréable promenade et visite de votre maison… le virtuel a du bon!
j’ai « adoré » Racine faisant la lecture à Louis xiv; instants paisibles et humanité des personnages habituellement plus officiels dans leurs attitudes. j’aimerais beaucoup pouvoir avoir une copie (impression « maison »)de cette gravure; pouvez vous – accepteriez vous- m’en permettre l’accès?
Je vous salue bien cordialement. LP
avec une amie, on visite ton blog… c’est chez toi??? je n’avais pas visité….chouette !
Mais oui, c’est chez moi… Je suis une romantique, tu sais, sous mes allures de grande fille toute simple ! J’ai raté mon siècle, c’est au XVIIIème que j’aurais dû naître ! Quand je reçois, le soir, ça m’arrive même de faire le grand jeu : éclairage uniquement aux bougies et j’envisage de faire porter la perruque et la culotte à Michel !