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Brocante : faire le bon choix

La Chine : il n’est pas utile de traverser le monde pour s’y rendre… Ce pays magique habité par les chineurs existe en France et ailleurs et  est tout aussi capable d’exalter ses visiteurs accrocs à la farfouille qu’un lointain voyage… Pour s’y rendre, point n’est besoin d’investir dans un coûteux billet d’avion… Un peu de temps, de bonnes chaussures, quelques euros dans la poche… et en avant toute !

Le chineur est un ramasse-tout, capable de distinguer en un seul battement de cils LA perle rare, celle qu’il cherche depuis des mois, ou, résultat du hasard, celle qui va l’inspirer. Il est doué pour extraire d’un amas de vieilleries accumulées sur le trottoir ou sur le stand crapoteux d’un obscur vide-grenier, l’objet désiré. Celui-ci peut prendre toutes les formes, de l’article signé, qui de tourmentes révolutionnaires en oublis successifs, se retrouve là, abandonné sur ce coin de trottoir où le chineur, ivre de plaisir, va s’en saisir… Cela peut être aussi le meuble démodé dont plus personne ne veut mais que le chineur inventif va transformer à la mode « Tintin », c’est-à-dire à la sienne, et qui va devenir la  pièce phare d’un superbe intérieur vintage… Cela peut être, enfin, la banale porcelaine reléguée au dernier rang, mais que le regard avisé du chineur va repérer parce qu’elle parle à son cœur… Fébrilement, entre ses doigts tremblants, il attrape le broc à eau de Tante  Marie ou le bol dans lequel il buvait, petit, quand il passait ses vacances à Petzouille-les-Oies, chez Mémé Jeanne…

Un vieux chandelier, la peinture d'un marquis oublié, quelques livres anciens... Toute une évocation de temps passés et révolus...

Un vieux chandelier, un tableau représentant un marquis oublié, quelques livres anciens... Toute une évocation de temps passés et révolus...

La Grande guerre cotoie sans état d'ame le XVIIIème siècle... Deux belles pipes sculptées à la main par un poilu dans sa tranchée, son briquet gravée à ses initiales, le médaillon dans lequel la photo de sa femme et une mèche de ses cheveux lui permettait de penser au bonheur passé et un jeu de domino ancien en ivoire (interdit aujourd'hu...). Tout cela sur une partiton ancienne à la gloire des mères...

La Grande guerre côtoie sans état d'âme le XVIIIème siècle et son joli marquis poudré... Deux belles pipes sculptées à la main -Maréchal Joffre et Clémenceau- par un poilu dans sa tranchée, un briquet gravé à ses initiales, le médaillon dans lequel la photo de sa femme et une mèche de ses cheveux lui permettaient de penser au bonheur passé et un jeu de dominos anciens en ivoire (interdit aujourd'hui...) qui faisait passer le temps en attendant d'aller au front. Tout cela sur une partition jaunie à la gloire des mères...

Dans son médaillon, un poilu observe avec attention notre monde moderne et reste perplexe devant l'alliance franco-allemande...

Dans son médaillon, le poilu observe avec attention notre monde moderne et reste perplexe devant l'alliance franco-allemande...

Il existe plusieurs sortes de chineurs.

Le collectionneur aligne ses trouvailles comme des trophées. Le chasseur qu’il est ne tarit pas lorsqu’il raconte ses traques. Et plus l’objet convoité est rare et précieux, plus le bonheur est intense… Comme celle du chasseur qui va trouver davantage de plaisir à tuer un lion. Une antilope, c’est tellement commun… Et le moment précis où un autre chineur a failli lui arracher l’objet désiré qu’il a finalement conquis par une feinte devient un morceau d’anthologie qu’il ne se lasse pas de répéter… La chine, c’est vraiment la jungle…

D’autres chineurs se laissent davantage guidés par leur instinct. Immédiatement, ils perçoivent le parti qu’ils pourront tirer de tel ou tel objet qui sera rapidement investi. Solitaires, ils achètent sans hésitation, persuadés qu’ils sont de réaliser une affaire dont ils sauront faire la leur…

Quelques indices peuvent  permettre d’évaluer les réparations déjà apportées à un meuble, les travaux à envisager et le prix à négocier. Le chineur n’hésite pas à se mettre à genoux pour inspecter les détails : structure extérieure, greffes masquées par une teinte sombre, inesthétiques après décapage, attaques des insectes, solidité des pieds, stabilité… Il n’hésite pas non plus à ouvrir les portes des armoires, tirer les tiroirs des commodes, vérifier l’ancienneté des vis et de la quincaillerie (ferrures, fiches ou poignées…).  Et s’il a le bonheur de découvrir un poinçon, même tout petit et bien caché, il se tait… En brocante, c’est chacun pour soi !… Il ne doit toutefois pas oublier que l’estampille ne fut rendue obligatoire en France qu’après 1743 et que le célèbre ébéniste André Boulle n’a jamais estampillé ses œuvres…

Vieille gravure anglaise : mais si, le bonheur familial, c'est toujours une valeur sure !

Vieille gravure anglaise : mais si, le bonheur familial, c'est toujours une valeur sûre !

ICI LONDRES : Les français parlent aux français... Dou-dou-dou-dou...

ICI LONDRES : Les français parlent aux français... Dou-dou-dou-dou... Poste de TSF de famille posé sur une petite table Napoléon III dénichée chez Emmaüs à Neuilly-sur-Marne...

La machine qui muscle les doigts : la vieille Underwood !

La machine qui muscle les doigts : la vieille Underwood !

Ce qui est extraordinaire avec la chine, c’est que les objets qu’elle permet de dénicher s’adaptent à tous les goûts. Revisités, ils se mélangent avec hardiesse au moderne. Le XVIIIème siècle, entre autres époques, est une de celles qui se marie particulièrement bien à des éléments plus récents. Alors, en chasse !  Mais ne partez jamais avec l’espoir d’acquérir pour rien un objet qui va prendre de la valeur : le plaisir n’est pas là… Avec un peu de chance, vous allez découvrir le fauteuil Voltaire de votre vie ou la petite gravure anglaise qui, mieux que tout autre meuble ou accessoire, possèderont ce pouvoir évocateur capable de vous transporter là ou vous souhaitez aller, un objet unique pour vous et bien sûr, sans prix …

Non, vraiment, je vous l’assure, la chine, c’est le Pérou !

Fers à friser et épingles à chapeau fixées sur un grillage à poule encadré dans un cadre ovale ancien en merisier... Toute une époque : la Belle époque !

Fers à friser et épingles à chapeau fixées sur un grillage à poule dans un cadre ovale ancien en merisier... Toute une époque : la Belle époque !

Pour qui aime la brocante et s’intéresse aux différents styles des meubles dans le contexte de leur époque, je recommande très vivement la lecture  des 3 tomes romanesques  de Jean DIWO : « Les dames du Faubourg« , « Le lit d’acajou » et « Le génie de la Bastille (Collection Folio). Jean DIWO, ancien journaliste, a écrit cette saga qui se situe dans le Faubourg St-Antoine et qui retrace la vie des ébénistes du XVème siècle à la veille de la révolution… Un voyage surprenant qui transporte le lecteur dans un monde inconnu…  Les changements de style s’effectuent au rythme des époques et des souverains qui se succèdent  … Une formidable leçon d’histoire, sans s’en donner l’air…

2 commentaires pour : Brocante : faire le bon choix

  • chavanie

    Bonjour ,autre passion que nos avons en commun.Bravo pour votre article ,connaisez vous la brocante de « la bruyère » à Le Meux près de compiègne (voir site internet) et le salon de thé « rêveries dans la théière » avec petit coin brocante à Ermenonville ,adresses que j’affectionne particulièrement?
    cordialement
    pascale

  • admin

    Merci, Pascale… Non, je ne connais pas vos bonnes adresses… Et pourtant, nous sommes allés visiter le Parc J. J. Rousseau à Ermenonville la semaine dernière… Nous notons vos adresses et ne manqueront pas d’y aller ! Je vous donnerai mes impressions… A bientot et encore merci de votre visite ! Chantal

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