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La Seine-Saint-Denis : un département encore fréquentable ?

Sous les frondaisons encore grêles, le soleil perce sans difficulté… Les reflets gris-argent du canal font un clin d’oeil aux badauds qui s’attardent, nez au vent, partis de Sevran-Livry, en direction de Tremblay-en-France… L’air frais, parfumé à l’herbe printanière et à la terre mouillée chatouille agréablement les narines. Deux enfants à vélo font un écart en riant aux éclats, poursuivis par un gros chien qui aboie joyeusement derrière eux… Un couple d’amoureux, main dans la main, savoure tranquillement la douceur de cette soirée d’avril… Un vol de canards sauvages passe juste au-dessus en agitant bruyamment ses ailes et en lançant des coins-coins sonores. Au détour du chemin, un lapin détale sans demander son reste et s’élance vers le terrain de golf limitrophe. En un instant, il a disparu… Quelques pêcheurs, assis sur des petits pliants en tissu râpé, vieux habitués des lieux, cigarette vissée à la bouche ou jeu électronique au bout des doigts, surveillent le bouchon qui flotte à la surface… De loin en loin, ils s’interpellent : « Alors, petit, ça mord ? « . Le gamin attrape sa nasse remplie de gardons et la brandit fièrement au-dessus de sa tête. « C’est moi qui gagnerai le prochain concours ! ».

Un trottoir en Seine-St-Denis...

Un trottoir en Seine-St-Denis...

Mais rapidement, le Parc National Forestier de la Poudrerie est atteint… Le canal, laissé sur la gauche, continue sa route, lente et mesurée, seulement troublée par les insectes qui volètent à sa surface… Les jardins ouvriers se révèlent brusquement : des cabanes branlantes abritent les outils qui servent aux jardiniers du dimanche, murés dans leur minuscule logement la semaine, à renouer avec la terre. Des tonneaux rouillés, pleins aux trois-quarts, voisinent à côté d’arrosoirs cabossés. Des rangées impeccables de poireaux, salades, haricots, petits pois, tomates s’exposent aux passants, comme des tableaux naturalistes. Les verts, tous les verts du printemps, les jaunes, les blancs, les bleus, les rouges, les roses… forment un kaléidoscope magique, qui ne cesse de changer. A chaque pas, il se forme et se déforme, dévoilant des nuances mille fois renouvelées… Des roses, des soucis, des hémérocalles, des pivoines, des digitales, des camomilles, toutes fleurs sans prétention, se dispersent ça et là, où le vent et le hasard les ont poussés… Affairés et heureux, les jardiniers échangent des propos chaleureux au-dessus des haies basses, à la manière des villageois d’autrefois, à l’époque où le temps qui passe et les différences de races n’étaient encore pas sujets de préoccupation et matière à faire la une des journaux… On échange des secrets universels venus des quatre coins du monde, de vieilles recettes de mixtures destinées à combattre les pucerons ou à engraisser la terre. On goûte un couscous, on partage une potée ou un colombo… C’est bon, on est bien… Ici, on dirait que le temps s’est arrêté… Dans ces jardins où toutes les nationalités se côtoient sans réserve, où toutes les couleurs se confondent, où tous les âges se rejoignent, les mains s’étreignent en de vigoureuses poignées amicales : couvertes de terre, elles se ressemblent toutes et elles ont toutes la même odeur…

Sur le bord du canal, une famille sympathique se détend à l'ombre des grands abres... Pendant que maman se répose, papa apprend à son petit garçon comment ferrer le poisson... Mais aujourd'hui, ça ne mord pas, le filet est encore vide... Pas grâve, ce qu'on cherche, c'est la tranquillité... Dans le 93...

Sur le bord du canal, une famille sympathique se détend à l'ombre des grands abres... Pendant que maman se répose, papa apprend à son petit garçon comment attraper le poisson... Mais aujourd'hui, ça ne mord pas, le filet est encore vide... Pas grave, ce qu'on cherche, c'est la tranquillité... Dans le 93...

Un peu plus loin, un écureuil au roux flamboyant glisse d’un arbre sur le sol et se saisit d’un gland oublié. Téméraire, il s’attarde un instant pour disparaître au moment précis où les yeux se croisent… Le bruit des animaux de la ferme pédagogique qui accueille pour leur plus grand plaisir les enfants des écoles voisines, accentue ce sentiment de bonheur tranquille, loin des désordres médiatiques assourdissants… A quelques centaines de mètres de là, à Vaujours, des vaches blanches et noires  paissent paisiblement dans un pré. La ferme propose du bon lait cru et des oeufs frais… On va se régaler… Les jardins des habitants de Sevran, Livry-Gargan, Tremblay-en-France, Vaujours, Aulnay-sous-Bois,  et les autres sont fleuris, entretenus avec amour, même si, parfois, un volet s’écroule, pas réparé parce que ça coûte cher et qu’il va falloir attendre encore un peu … De nombreuses Associations de bénévoles fédèrent une atmosphère vivante et conviviale…

... Et un petit jogging, ça vous dirait ? Plaisir et sérénité assurés... Dans le 93...

... Et un petit jogging, ça vous dirait ? Plaisir et sérénité assurés... Dans le 93...

Et moi, mi-sevranaise, mi-livryenne, mais je pourrais tout aussi bien être Villepintoise ou Tremblaysienne, je me sens stigmatisée parce que j’habite le « neuf-trois »… J’exècre cette appellation… Je souffre quand je lis la crainte  dans les yeux des provinciaux influencés par certains médias qui font leurs veaux gras de la drogue, des cités,  et qui mélangent personnes en difficulté et délinquants…

Je revendique, pour nous tous, les mêmes droits qu’ailleurs… Je ne nie pas des faits, mais  revendique des reportages qui présenteraient enfin le département tel qu’il est AUSSI : autre chose qu’un ramassis de trafiquants sans scrupule, très à la marge de l’ensemble de la population… J’accuse certains médias de pratiquer une discrimination sournoise à l’égard du département, sans autre mobile, sous couvert d »‘information », que celui de faire du sensationnel à tout prix ! Et les pouvoirs publics, de laisser faire,  avec l’objectif de « redorer un blason » un peu terni ces temps-ci, en brandissant le drapeau de l’insécurité… Qui osera enfin titrer, en première page : « Le 93, un beau département, aussi ! »… Oui, qui l’osera ?

… Car la Seine-St-Denis, c’est aussi les murs à pêches de Montreuil, les petits coins sympathiques des Lilas, les berges ensoleillées du Canal de l’Ourcq, les vieilles ruelles sans âge de Tremblay-en-France ou de Montfermeil… La Seine-st-Denis, c’est la France ! Alors, grâce, Pitié pour le 93 qui n’en peut plus !!!

Et puisque je n’ai pas rencontré le reporter qui a eu envie de présenter la face cachée du 93, c’est moi qui vais remplir le rôle du photographe… Promis,  si vous revenez faire un petit tour sur mon blog, très bientôt, vous ferez enfin connaissance avec une autre Seine-st-Denis  !  Et vous aimerez !!!

1 commentaire pour : La Seine-Saint-Denis : un département encore fréquentable ?

  • admin

    Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de censurer tous les commentaires au sujet de cet article…
    Lorsque j’ai écrit ce « billet d’humeur », j’étais loin d’imaginer qu’il provoquerait le torrent de réactions qu’il a déchaîné… Les internautes interpellés, pour beaucoup issus de Facebook mais d’ailleurs également, étaient des habitants du 93, dans leur très grande majorité, contrariés ou blessés, eux aussi, par l’image uniquement négative donnée par la presse… Certains provinviaux, anciens habitants de Seine-St-Denis, ont affirmé qu’ils avaient gardé de très belles images qui voisinaient à côté d’autres, moins belles… J’ai lu des témoignages qui exprimaient la crainte d’un département, tellement décrié qu’il fait peur… Et un journaliste a rédigé « son » billet d’humeur, s’étant senti attaqué par ma prose… Je lui ai répondu sur son mail personnel. Peut-être pourrons nous nous expliquer en toute cordialité, face à face, un jour…
    J’ai répondu autant que j’ai pu de façon individuelle à tous… Si quelques-uns d’entre vous ont été oubliés, pardonnez-moi… Mais ce blog jardinier, très inoffensif, n’a pas vocation à devenir un forum politique où des opinions différentes s’affronteraient dans des joutes hargneuses et complètement stériles… Moi-même me suis laissée emportée par la colère, qui est un bien vilain défaut, je l’admets volontiers… Alors, je vais ranger cet article dans une nouvelle rubrique que je vais appeler « BILLETS D’HUMEUR », et où, peut-être, aurez-vous l’occasion, un jour prochain de lire un autre sujet de révolte ?

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