Rubriques

Chocolat, chandeliers et vieilles perruques...

Cliquer sur : Prelude 
Après un siècle où l’abondance massive  et lourde de la cuisine a écrasé les palais les plus robustes, le XVIIIème siècle s’est avancé avec légèreté et a chassé d’une main élégante ces victuailles grossières, indignes d’une société naissante, délicate et exquise… Aux immenses plateaux d’où glissaient  dans de larges assiettes des quadrupèdes gros et gras, ont succédé des tables fines où la légèreté des substances proposées dans de petites assiettes de porcelaine fine ravissaient l’oeil en préfigurant de la variété des saveurs… Le siècle des Lumières n’est pas que l’émergence d’un nouveau courant de pensée… C’est un ensemble de transformations radicales dans tous les domaines, qui a mis à la mode l’art de cultiver l’existence avec détachement et élégance…
Salle à manger XVIIIème siècle : une ambiance feutrée, des couverts en argent, de la fine vaisselle de porcelaine...

Salle à manger XVIIIème siècle : une ambiance raffinée avec la subtile polychromie des murs et un plafond de planches qui masquent les poutres et les solives jugées inélégantes, des miroirs Louis XVI, des portraits d'ancêtres, des huiles sur toile, une longue table en merisier aux pieds cambrés... La vaisselle délicate est composée d'une soupière en porcelaine de Saxe, assiettes, présentoirs, moutardier et salerons en faïence... Chauffe-plat Louis xv. Le très rare thermomètre-baromètre de Réaumur, accroché au mur, à droite, montre que l'on se trouve dans une maison d'érudits...

Bien que les mets aient été les plus fins qui soient, les repas des philosophes des Lumières s’achevaient presque toujours par une indigestion… Les pensées fusaient de leurs bouches, vives et pétillantes comme des étincelles mais les appétits demeuraient féroces…  Les philosophes, les « libertins outre-cuidants », les « libres-penseurs » s’abandonnaient sans frein au vin, au libertinage et aux nourritures, ils piétinaient chaque droit et chaque loi… On se couchait tard et on dormait tard pour se reposer des fatigues de la nuit… Le temps que les « cheveux soient bouclés, le front lustré, les yeux rassérénés, les joues peintes, les affiquets installés et les rubans déployés« , l’heure était déjà venue où fermaient les églises… La noblesse donnait cet exemple, suivi par le « peuple bon à rien » qui se pressait dans les tavernes des villes, surtout les jours de fête, et s’y attardait en spectacles, ripailles et débauches…

Le salon de compagnie : Il est souvent le lieu d'accueil à la maison... On s'y dévêt et on entrepose les effets du voyage, les vêtements, les coffres de carrosse, les écritoires portatifs, la chaufferette à pieds... Mais c'est aussi un lieu de détente, on y jouen on y brode, on y discute sans fin...

Le salon de compagnie : Il est souvent le lieu d'accueil à la maison... On s'y dévêt et on entrepose les effets du voyage, les vêtements, les coffres de carrosse, les écritoires portatifs, la chaufferette à pieds... Mais c'est aussi un lieu de détente, on y joue, on y brode, on y discute sans fin...

Le cabinet d'érudit : La société du XVIII-me siècle est curieuse de tout... Elle connaît les encyclopédistes et aime à constituer des cabinets de curiosité, rempli d'objets rares et originaux... Arts, lettres et sciences cohabitent... Les hautes bibliothèques abritent les ouvrages à la mode... On se passionne pour le globe terrestre et les grandes découvertes, la nature avec la composition d'herbiers, la musique...

Le cabinet d'érudit : La société du XVIIIème siècle est curieuse de tout... Elle connaît les encyclopédistes et aime à constituer des cabinets de curiosité, remplis d'objets rares et originaux... Arts, lettres et sciences cohabitent... Les hautes bibliothèques abritent les ouvrages à la mode... On se passionne pour le globe terrestre, les grandes découvertes et la nature avec la composition d'herbiers...

La société du XVIIIème siècle est arrivée à un tournant : elle veut rompre avec les traditions, les principes et les moeurs du passé… Elle veut renverser les temps qui l’ont précédée et aucun domaine n’échappera à cette métamorphose…  Une  nouvelle génération de femmes-fleurs arrive, aérienne et déliée… La légèreté est dans l’air… La mode masculine suit et les hommes adoptent le goût féminin. Les habits se ressèrent et s’ajustent en général sur des proportions proches de la stature de celui qui les porte… Le XVIIIème siècle est celui d’une ébauche d’hygiène, la barbarie des siècles passés se combat, peu à peu… La toilette devient essentielle, même si on ne se lave guère ! Au mieux, on se contente d’une toilette de chat, avec un pot à eau et sa cuvette…  Les nouveaux instruments se multiplient dans le « Cabinet de toilette » : le peigne, le miroir, le toupet et les boucles, les épingles à cheveux, la crème, les grains de beauté… Le « bel éventail anglais » vient d’arriver d’outre-Manche, proposant de belles histoires de paladins plutôt que les habituelles chinoiseries… La vie molle et paresseuse s’installe avec ostentation…

... La mode masculine...

... La mode masculine...

La mode féminine du XVIIIè...

La mode féminine du XVIIIè...

La chambre : elle est élégante et meublée avec un goût exquis... A côté d'un secrétaire à cylindre en acajou, dit "bonheur du jour", une coiffeuse marquetée garnie de tous les petits objets utilitaires de l'époque : boule à éponge, éventail, boîte à mouches, nécessaire à parfumer... La grande baignoire règne en maîtresse, au centre de la pièce...

La chambre : elle est élégante et meublée avec un goût exquis... A côté d'un secrétaire à cylindre en acajou, dit "bonheur du jour", une coiffeuse marquetée est garnie de tous les petits objets utilitaires de l'époque : boule à éponge, éventail, boîte à mouches, nécessaire à parfumer... La grande baignoire règne en maîtresse, au centre de la pièce...

Le bain au XVIIIè (Musée des Beaux-arts de Caen)

Le bain au XVIIIè (Musée des Beaux-arts de Caen)

Le XVIIIème est un siècle « épuré »… Les « Beaux-arts » abandonnent les formes pesantes et enflées du baroque pour les affiner :  élancées et gracieuses, elles transforment les intérieurs. Les meubles s’allègent et leurs lignes déliées et nerveuses resplendissent de surfaces laquées ou marquetées. La cuisine réformée des Lumières exprime elle aussi ce besoin de corps aussi secs et lestes que sont rapides et alertes les esprits…

La cuisine est un élément important de la transformation de la société française des Lumières… A la fois savante et simple, elle a eu un développement rapide et inespéré… Toute la partie délicate et spirituelle du siècle fut  séduit par elle… La conversation française trouva sa perfection à table, au cours de soirées charmantes… Montesquieu disait que « la table contribuait à donner cette gayeté qui, jointe à une familiarité modeste, s’appelle la politesse... ». Le rapport à la nourriture change, on regarde les aliments d’un oeil nouveau. Le goût se transforme, on condamne l’excès et le faste comme des indices de dérèglement irrationnel, on théorise le bon goût à l’aune de la sobriété mesurée… Les chairs lourdes et les viandes noires disparaissent au profit des huitres et des truffes… On adore les huitres crues… Il est curieux de constater que le déclin de l’ancienne cuisine s’accompagne du déclin des grandes chasses et de tout ce qui exprime la force musculaire… Le siècle de la lumière intellectuelle, ennemi de l’obscur et des ténèbres, préfère s’alimenter d’organismes froids et inertes… Les vins sont légers… Coupés d’une petite dose d’eau, ils deviennent une délicieuse boisson  légèrement acide qui facilite la digestion. Les aliments qui dégagent de fortes odeurs, tels le fromage ou les choux sont proscrits… Les nouvelles manières de table sont les caractéristiques d’une société vive et élégante qui veut se remodeler et se réinventer en se démarquant du passé… Les femmes se parfument avec des senteurs intimes et feutrées, des essences végétales aériennes… Fini le règne des parfums lourds et entêtants qui sont repoussés avec dégoût…

PORTRAIT DE FEMME ANONYME XVIIIe

Portrait de femme du XVIIIè, anonyme...

Le chocolat, le thé et le café deviennent les boissons emblématiques d’une société paradoxale, nerveuse et paresseuse, vive et molle, diligente et voluptueuse… C’est rare, ça vient de loin, c’est nouveau : on aime… On écrit des poèmes à la gloire du chocolat  « A peine as-tu fait couler – à pleines gorgées en ton gosier – cette perle, cette gemme, ce beau julep américain… » La rose, elle-même, tombe en disgrâce : trop commune, dépassée, vulgaire… Marie-Antoinette lance la mode de la fleur de … pomme de terre ! On pique-nique sur l’herbe où on mange de  l’omelette et des fruits frais traditionnels, comme la poire ou la fraise, mais aussi d’autres, venus d’outre-mer, on raffole des ananas…  Pique-niquer devient un des actes essentiels de la vie galante dans un monde qu’on veut bucolique… L’amour lui aussi, à l’instar de la nourriture, est davantage parlé et regardé que réellement goûté… Le libertinage devient le signe d’une intellectualisation des jeux érotiques, d’une jouissance oisive et désabusée du corps. Les jardins s’éloignent des tracés rigoureux de Le Nôtre pour aborder d’autres rivages où la nature peut s’exprimer en maîtresse…

La famille du Duc de Penthièvre prenant son chocolat... Charpentier J. Baptiste le Vieux 1768

La famille du Duc de Penthièvre prenant son chocolat... Charpentier J. Baptiste le Vieux 1768

Une petite recette de Chocolat à boire, telle qu’on pouvait le consommer au XVIIIè, à Versailles :

« Vous mettez autant de tablettes de chocolat que de tasses d’eau dans une cafetière et les faites bouillir à petit feu quelques bouillons ; lorsque vous êtes prêts à le servir, vous y mettez un jaune d’oeuf pour quatre tasses et le remuez avec le bâton sur un petit feu sans bouillir. Si on le fait la veille pour le lendemain, il est meilleur, ceux qui en prennent tous les jours laissent un levain pour celui qu’ils font le lendemain ; l’on peut à la place d’un jaune d’oeuf y mettre le blanc fouetté après avoir ôté la première mousse, vous le délayez dans un peu de chocolat de celui qui est dans la cafetière et le mettez dans la cafetière et finissez comme avec le jaune » . Source : « Les soupers de la cour ou l’Art de travailler toutes sortes d’aliments pour servir les meilleures tables suivant les quatre saisons », par Menon, 1755 (BN, V.26995, Tome IV, p. 331)

Ci-dessous, Scène de pique-nique, de Pietrolonghi…

 Le pique-nique, de Pietrolonghi...

Le Parc Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville : un parc comme on les aimait au XVIIIème siècle...

Le Parc Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville : un parc comme on les aimait au XVIIIème siècle...

Mais dès le début du XIXème siècle, ce doux art de construire sur le sable et d’embaumer l’éphémère consomme son agonie… Dans un murmure insouciant de conversations étouffées par des bruits de fine vaisselle, la royauté s’en est allée sans que le siècle des Lumières s’en soit vraiment aperçu… Sa recherche de l’élégance, du raffinement et de l’esprit l’a peu à peu isolé dans une prison invisible… La douceur de vivre s’est trouvée ensevelie sous le nouveau siècle… Insensiblement, la société avait changé, les goûts aussi et tout ce qui en avait fait l’attrait était passé de mode… La « vive et heureuse imagination« , cet art de vivre de la société du XVIIIè ne revint jamais… 

 Il n’en reste que des souvenirs et le désir secret de le faire revivre, au milieu du bruit et de la fureur des temps modernes…

Bibliographie : « Le goût du chocolat, l’art de vivre au XVIIIè siècle » Piero CAMPORESI, Texto le goût de l’histoire, Grasset & Fasquelle 1992, Tallandier 2008, « Marie-Antoinette, l’insoumise », Simone BERTIERE, Edtions de Fallois, Le livre de poche, « Versailles au temps des rois« , G. LENOTRE, Bernard Grasset, « XVIIIè siècle, l’âge des lumières« , Jacques ALEGRE, Masson & Cie,   » Le XVIIIe siècle retrouvé », Michèle LALANDE, Editions de la Martinière 

13 commentaires pour : Chocolat, chandeliers et vieilles perruques…

  • quelle belle synthèse pleine de nostalgie ! bravo

  • admin

    Merci Pierrick !

  • Ah, c’est beau, je rêve ! Je suis sûre que Michel va vraiment finir déguisé et toi avec…remarque ça me plairait de temps en temps, mais il me faudrait un petit marquis !
    c’est dangereux, tu sais comment il a fini, le 18ème? couic !
    Le chocolat, non sucré, tu peux le faire macérer la veille avec des graines de cardamome, c’est divin
    merci pour ce bon moment hors du temps

  • Passionnant !
    J’ai pris beaucoup de plaisir a ce voyage historique et gourmand, accompagné des superbes photos de reconstitutions.
    Merci

  • Magali HORN

    Surtout le chocolat !!!! J’aime cette ambiance. En fait, il me faudrait une très très grande maison et faire chaque pièce selon des ambiances différentes… sauf moderne !!!

  • Marie-Ange VANDERROOST

    J’adore l’ambiance 18è, et surtout la déco, la belle vaisselle en porcelaine fine, les jolis lustres à pampilles, le mobilier raffiné, que de jolies choses !

  • Valérie PEETERS

    Elles sont magnifiques, ces photos, ça fait rêver…

  • admin

    Magali : quelques éléments modernes dans un décor XVIIIè, c’est très sympa… C’est comme si rajoutait du sel à un bon plat, c’est la petite note originale qui fait que ta déco devient vraiment personnelle, qu’elle n’appartient qu’à toi et que tu ne la verras pas nulle part ailleurs… Il faut juste savoir doser, comme dans une recette de cuisine : trop, c’est trop, mais trop peu, c’est pas assez… Et puis, il faut aller avec son temps, regarde la belle société des Lumières, à s’enliser dans ses convictions, couic, comme l’a dit Catherine !

  • Lecture très instructive, j’ai apprécié cette évocation du 18ème siècle. Bravo !

  • Laurence Goub.......

    Je découvre votre site grace à Catherine, qui est une amie…

  • admin

    Merci de votre visite… Ca vous a plu ?

  • admin

    WILLIE : yes, you can. Bye

  • disdierdefay

    Quand je trouve un ou une dix-huitiémiste je lui donne rendez-vous sur la toile afin que nous partagions le même chocolat, bien fouetté, bien mousseux. Retrouvez-moi donc sur Pinterest : Juste-Aurèle Meissonnier in Chandeliers et flambeaux du 18ème siècle. Très amicalement.

Laisser une méssage

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>