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NAPLES : Un tempérament volcanique !

6 JUILLET : Dès la descente de l’avion, la chaleur  saisit à la gorge, malgré la climatisation… Dehors, il fait 42 ° à l’ombre. Garés à la queu-leu-leu devant  l’aéroport, les taxis attendent le client. Le tarif est convenu à l’avance : 16 € pour rejoindre le centre-ville, ça va, c’est raisonnable… Nous nous engouffrons dans la voiture un peu cabossée mais délicieusement fraiche, et les yeux grands ouverts, nous regardons le paysage qui défile… Très rapidement, nous nous trouvons prisonniers d’une circulation très dense, ponctuée d’innombrables infractions et d’un concert de klaxons incroyable. Les scooters, piaggios pour la plupart, se faufilent partout, comme autant de petits insectes noirs à qui tout semble permis…. Les bagages débarqués, nous partons à l’exploration de cette ville électrique…

Naples : du linge à la bonne odeur de propre qui flotte au-dessus de petites ruelles sombres et encombrées……

Pendant des siècles, Naples a été gouvernée par des étrangers (espagnols, bourbons, aragonais) qui lui ont donné son côté cosmopolite et multiculturel. L’alliance de la passion des hommes et des richesses naturelles et chargées de culture classique de la ville, conjuguées au ciel d’un bleu unique, au noir profond des ruelles débordantes de poubelles pleines, et aux cris permanents d’une foule en délire fait d’elle un lieu extraordinaire .

Le spectacle de Naples, avec ses italiens ivres de bruits et  de chaleur, est dans la rue…

Beaucoup de taggs sur les murs… Mais ne dit-on pas « Murs propres, peuple muet » ? Ca reste encore à discuter… Peut-être y-a-t’il  d’autres façons de s’exprimer ?

 

La crise est partout, et l’Italie ne fait pas exception à la règle… De nombreuses affiches, ici et là, sont là pour le rappeler !

Les voitures petit format sont légion. Tiens, d’ailleurs en voici une, dernier modèle, dernier cri ! Ca vous dit une Fiat 500 des années 60 ?

Croyances et superstitions sont  vivaces chez les napolitains, toutes classes et tous âges confondus… Ils sont aussi très religieux et les églises font salle comble le dimanche matin… Y’en a qui paierait pour avoir un public aussi assidu !

Les oratoires de ce genre se rencontrent à tous les coins de rue, la plupart du temps fraichement fleuris…

 

« Notre Père qui êtes aux cieux… ». Amen.

 « Sous le ciel le plus pur, le sol le moins sûr » : c’est ainsi que Goethe présentait Naples… Le bleu extraordinairement… bleu, d’une sérénité trompeuse, cache pourtant la fureur sournoise d’un volcan qui ne demande qu’à s’éveiller… Ce qu’il fera, d’ailleurs, un jour prochain, selon les vulcanologues. Mais les napolitains ont appris à vivre avec cette menace permanente et d’incessantes secousses telluriques qui renforcent l’envie de vivre, vite et à tout prix.

La densité de population est très importante : plus de 42 000 habitants dans le Quartier historique de San Lorenzo…  Dans le passé, une urbanisation réfléchie n’a guère été possible et les habitations se sont un peu improvisées au hasard des arrivées… Le surpeuplement ajouté à de mauvaises conditions d’hygiène ont longtemps favorisé l’apparition d’épidémies de peste et de choléra, entre autres. En 1884, une grosse épidémie de choléra a conduit à l’élaboration d’un plan d’urbanisme plus précis et à des travaux d’assainissement. Malgré ces efforts, les problèmes sont loin d’être réglés et le choléra a, à nouveau, frappé en 1973… Paradoxalement, il est surprenant de voir à quel point les napolitains semblent peu conscients des difficultés sanitaires de leur ville : les ordures s’accumulent au pied des containers qui ne sont pas régulièrement ramassés, en dépit d’une chaleur accablante… La mafia, très présente ici, est haïe par les habitants qui doivent subir des décharges municipales abandonnées par la « camorra » qui gère tout cela… Ils vivent dans une constante fébrilité, s’en remettant à leurs saints, avec l’espoir un peu vain de parvenir à conjurer le mal…

« Merde à la mafia » !

 Les embouteillages font partie intégrante de la vie. Le deux-roues, à cet effet, est un excellent choix : il permet de se faufiler là où une voiture peinerait à arriver… Habitués aux contraintes du code de la route français, nous observons avec étonnement ces familles entières sans casques,  juchées sur leur piaggio : papa devant, maman derrière, et au milieu, un, deux, trois enfants ! On se serre, on se pousse, on s’accroche… et hop, roule, ma poule ! Parfois, un petit passager supplémentaire parvient même à s’installer au sommet de cette pyramide humaine : wouah ! wouah !

Pause piaggio… On le répare… et puis on se repose, confortablement installé sur le siège de prédilection des napolitains : leur deux-roues !

 

« Pousse-toi ! Allez ! On se serre ! Mais si, ça va tenir, ça tient !!! »

 

Un petit câlin… sur le scooter, bien sûr ! Que ne fait-on pas sur son scooter ?

Instantanés de la vie napolitaine : une vieille femme tout de noir vêtue, tête baissée, marche à pas comptés dans la rue, alors que, sur son piaggio, ‘une jeune fille, cuisses largement découvertes et cheveux au vent, éclate de rire en passant… De fenêtres aux volets clos s’échappe, sur l’air de l’Italiano, une mélodie poussée à la puissance maximum « Lasciatemi cantare, con la chitana in mano, lalalala… », des demeures baroques  somptueuses accolées à des masures misérables,  le noir des ruelles et tout de suite après, le blanc éblouissant du soleil, des richesses architecturales sublimes aux pieds desquelles des carcasses de poissons morts se délitent doucement… On aime cette terre de contraste ! Pour le reste, monuments et autres, se reporter aux brochures touristiques !

Les italiens ne faillissent pas à leur réputation d’amoureux : des messages fleurissent un peu partout dans la ville… TI AMO !!!

 

« Vas-y Cristiano ! Et c’est le but !!! Lucarelli a marqué !!!

 

« Y’a quelqu’un, derrière ? « 

 

Bleu… comme le ciel de Naples !

 Naples, c’est tout ça, mais encore plus, et bien au-delà des monuments, tels que le Musée archéologique national, le Pallazo Real, le Castel Nuovo, la Place du Municipio… dont je n’ai pas envie de parler, ici.

Car Naples, pour moi, c’est surtout une ruche bourdonnante de vie, qui ressemble à ces fourmillière qu’on prend plaisir à déranger quand on est enfant… Les insectes affolés se sauvent, un oeuf dans la bouche, en prenant des directions opposées. Le  crissement imperceptible qui accompagne l’exode vers des lieux plus paisibles  donne l’ampleur de l’excitation qui règne au centre du nid… Naples, c’est exactement ça, ce sursaut permanent vers la vie, alors que la mort est partout présente : dans les odeurs de putréfaction des ordures en décomposition, dans la chaleur moite qui règne en maîtresse, dans le rire puissant des napolitains, dans leur décontraction naturelle, dans leur absence totale de complexes, dans le flux ininterrompu des véhicules à moteur qui circulent à toute allure en vous bousculant au passage… Naples, c’est se sentir encore plus vivant que n’importe où ailleurs… Mais peut-être, aussi, plus abandonné qu’ailleurs si on ne parvient pas à se mettre à l’unisson de la liesse générale. Petit îlot perdu au milieu d’un océan en furie…

Brocante improvisée sur deux tréteaux ou sur un morceau de tissu, jeté à la hâte sur le trottoir… A côté, un vieux napolitain vous sourit de  ses gencives édentées…

 

L’art blanc : les pizzas et les pâtes. Pizza Margharita à 3 €… Une Napolitaine, bien sûr !

Que font les hommes dans la rue à Naples : ils jouent aux cartes, mon Cher Watson !

 Les environs : Capri, Pompéi, Herculanum, le Vésuve, la Côte Almafitaine… Notre enfance a été bercée par les récits de l’ensevelissement de Pompéi sous les cendres du Vésuve en éruption. Une visite s’impose et on n’est pas déçus…

La baie de Naples. Au fond, le Vésuve. « Que deviennent les feux d’artifice… quand on songe au Vésuve ? » Louise Vigée-Lebrun

 

Rue à Pompéi…

 

Les roues des chars ont creusé les pierres millénaires… Cette simple ornière rappelle de façon émouvante qu’il y a bien longtemps, ici, des gens ont vécu, ont travaillé, se sont aimés et sont morts…

 

Le réseau d’assainissement était très succinct : pour ne pas s’enfoncer dans les déjections rejetées dans les rues, les pompéiens traversaient sur ces « pas » qui leur permettaient de rester au sec…..

 Le dessin du pénis est très présent à Pompéi. Il ne signifie pas pour autant que tous ses habitants étaient des pervers, uniquement préoccupés par le sexe… A cette époque, le pénis était une manière de souhaiter bonheur et prospérité. La population était très cosmopolite : le port débarquait chaque jour des centaines de marins de toutes nationalités qui ne parlaient pas la langue des autochtones. La flèche gravée d’un pénis orienté vers le lupanar indiquait le lieu où se trouvaient les prostituées…

Le lupanar, c’est par là !

 

Une des chambres du lupanar : on jetait un vieux sac sur le banc en pierre afin de rendre l’endroit un peu plus confortable…

La communication verbale était difficile en raison des différences de langues. Des fresques-catalogue représentant les positions de l’amour permettaient de choisir son menu en montrant les images : »Je veux ça… et ça… et ça, encore. Pour le reste, on verra après… ». Il ne reste plus que très peu de fresques sur le site de Pompéi. Elles sont presque toutes exposées au Musée archéologique national de Naples.

 

Surpris par la mort…

Comme au cinéma ! Alors que nous nous dirigeons vers Positano et Amalfi, les bijoux de la Côte Amalfitaine, notre voiture frôle dangereusement le précipice qui surplombe la mer, tout en bas… Les roues ne sont qu’à quelques centimètres d’un vide attirant… La crainte de finir comme une star de cinéma, la voiture suspendue au-dessus d’une mer de diamants, nous effleure… On ferait la une du journal local, c’est sûr ! « Des touristes français ont fait le plongeon fatal… ».  Ce serait idiot, quand même… Heureusement, la sublime beauté d’un décor grandiose chasse nos idées noires…

Une petite embardée… et hop ! finita la comedia…

La petite ville de Positano, aggripée à la falaise. Le spectacle est féérique : boutiques, restaurants et hôtels de luxe se succèdent, au milieu de maisons aux couleurs tendres, ocres, roses, blanches… Le centre piétonnier et les jardins font face à la mer… John Steinbeck, en son temps, vint puiser l’inspiration sur ces rochers fleuris…

Le Golfe de Sorrente n’est pas loin… Italie, ensorceleuse… Tu mérites bien la réputation que te fit Homère ! Mais nous ne sommes pas tous des Ulysse, et nous n’avons aucune intention de résister aux chants de tes sirènes !

Capri, c’est loin d’être fini !!!

2 commentaires pour : NAPLES : Un tempérament volcanique !

  • LE MONTAGNER Thierry

    J’ai bien aimé, merci.

    THIERRY

  • Capelovitch Joris

    Bonjour Chantal,
    J’ai lu votre papier sur Naples, vous auriez dû vivre à la fin du XIXè, vous auriez fait une parfaite naturaliste. En vous lisant, je me suis souvenu d’une vidéo qu’un très bon ami à moi avait réalisée il y a quelques années, je vous en laisse le lien, elle est regardable en HD. Capelovitch Joris

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