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La fête à la grenouille

 

 

LUNDI 16 MAI 1887...

 

 « LA FETE A LA GRENOUILLE »

par Chantal Keraudren, jardinière, mais pas que !

 

Chapître I

LA RENTREE

 

 Je m’appelle Jeanne. J’ai 48 ans et je suis divorcée. Pas d’enfants. Mais s’il est une chose dont je ne manque pas, c’est bien des enfants.

Je suis Professeure des Ecoles, comme on dit pompeusement aujourd’hui. Institutrice, si vous préférez. Avec les années, je me suis diversifiée et suis devenue directrice d’une grande école maternelle en Seine-Saint-Denis.

Le « 9-3 », c’est surtout dans les Commissariats de police, les centres de sécu, les services sociaux, Pôle-Emploi et les écoles qu’on le rencontre au plus près. Mais de cette image d’Epinal à la caricature, il n’y a qu’un pas, à ne  franchir sous aucun prétexte. La Seine-Saint-Denis, c’est aussi un creuset incroyable de talents, de confrontations et de rencontres qui en font un des départements les plus attachants du pays.

J’ai pas mal bourlingué depuis mes débuts, j’ai enseigné à tous les niveaux, de la Petite section au CM2… En Zone Contrat de ville, en ZEP, en zone de rien du tout… Dans des petites écoles, dans des grandes… J’en ai vu passer, des ministres ! Des bons et des moins bons. Mais ils avaient tous au moins  un point commun : celui de vouloir laisser derrière eux, la trace de programmes réformés… De la méthode syllabique à la méthode libre, d’une priorité à une autre, on a souvent fait le grand écart. Plébiscités aujourd’hui, vilipendés le lendemain, chacun a fait son temps, remplacé par les suivants. Jules Ferry a dû bien souvent se retourner dans sa tombe !

Finalement, je me suis fixée à l’école maternelle. A  l’âge de « la petite école », les enfants ne s’étonnent encore de rien. La salle de classe est une scène permanente où le public est tout acquis au comédien. Ici, pas de limites, autres que celles que vous vous fixez. A vous le choix des moyens pour toucher au but. Les inspections ? Pfftt… Rares, très rares. Même plus tous les trois ans… Pas assez de temps, trop de tâches aussi pour les Inspecteurs… Alors, on est libres, ou quelque chose de très approchant. Le contenu et l’éthique en plus. Je m’y plais.

Aujourd’hui, c’est la fin des grandes vacances. La nuit dernière, j’ai fait un rêve étrange : vêtue d’un tutu rose à paillettes et coiffée d’un  palmier improbable au sommet du crâne, je faisais une entrée très remarquée en salle des maîtres. Mes collègues, médusés, me regardaient arriver…  D’un mouvement de reins souple et félin, j’atterrissais au centre de la table de travail, jupe par-dessus tête, dans un désordre de tasses renversées sur les beaux cahiers tout neufs… Et puis là, triple salto arrière qui me projetait devant un immense piano à queue immaculé. Là, je m’installais, l’air inspiré. Avec virtuosité, mes doigts se mettaient à courir sur le clavier et  des vocalises à un niveau jamais atteint sortaient de ma bouche : « ha-ha-ha-ha… ». Remake de La flute enchantée. Je pouvais voir les yeux hagards des enseignants fixés sur moi.

A la dernière note, j’ai fermé le piano. Le couvercle a claqué sèchement dans le silence, comme le point final de la phrase « C’est la rentrée ». Calmement, je suis allée m’asseoir à ma place. Un bruit de chaise qu’on déplace, quelques raclements de gorge. Le bruit énervant d’une pointe bic qui entre et qui sort de son tube en plexi. Mon tutu rose ne semblait plus gêner personne. Surtout pas moi. J’ai ouvert mon étui à lunettes dont la charnière mal graissée a couiné dans l’air épais.

J’en ai extrait mes lunettes et les ai posées sur mon nez.

Il était 8h30.

Une nouvelle tournée de café commençait à goutter dans la cafetière. L’atmosphère sentait le papier neuf et la craie. Un peu la poussière aussi.  On était le 1er septembre, demain, les élèves reprendraient le chemin de l’école.

Le Conseil des Maîtres  pouvait commencer. L’année scolaire s’ouvrait devant nous. Un boulevard…

 

 

 Chapître II

ON PREND LES MEMES… ET ON RECOMMENCE !

 

L’école est grande : presque 350 élèves. Ca fait du monde dans la cour, à l’heure où la porte des « clages » (compression personnelle de classe et de cage…) s’ouvre pour libérer son flot de gamins hirsutes et hurlants.

Si on multiplie le nombre d’élèves par deux parents, on obtient un nombre potentiel d’utilisateurs qui dépasse le millier. Pour gérer tout ce monde, je suis seule, ou à peu près. Les enseignants dans leur classe, se situent à un niveau pédagogique, face aux élèves. Le directeur,  dans l’école, organise  plus largement  tout le versant  pédagogique au sein de l’équipe, et le relationnel avec les multiples partenaires de l’école, institutionnels et autres –parents, administration, municipalité, fournisseurs… C‘est comme ça qu’on dit, à présent : « des partenaires ». C’est dans l’air du temps, ça évoque pour moi une entreprise active engagée dans un commerce vivant et lucratif. Ou un couple d’amoureux complices…  Ca dépend des jours… Des alliés, souvent, des adversaires, parfois.

A notre époque, les familles sont au moins aussi difficiles à gérer que leur progéniture. L’école est devenue une espèce d’hypermarché où on vient faire ses courses avec une exigence pointilleuse de service après-vente impeccable. Les enseignants doivent être au garde-à-vous. Difficile à obtenir dans une profession où l’esprit potache perdure jusqu’au dernier souffle…

La menace constante de la plainte au directeur, à l’Inspecteur de l’Education Nationale, au Directeur académique, au Recteur, voire au Ministre ou au Président de la République, est brandie au-dessus de nos têtes comme le signe de la toute puissance des parents. Menace vaine qui nous laisse de glace, car les personnels sont, dans l’immense majorité des cas, des gens consciencieux et compétents qui font bien plus que ce qu’il leur est demandé. Quoi qu’en pense parfois le public, ils s’acquittent de leurs heures de travail, présence et préparation comprises, bien au-delà de la règle. Il serait simpliste de considérer que le travail d’un enseignant s’arrête à son temps de présence devant ses élèves. A cela, il faut ajouter le temps de préparation des cours, celui des corrections des cahiers et des devoirs, des rencontres avec l’équipe pédagogique pour harmoniser des pratiques à mettre en cohérence, des réunions de parents, etc…  Et pourtant, l’image d’Epinal de l’enseignant toujours en vacances a la vie dure… « Tous payés à rien faire ! Au boulot les fainéants ! Juste capables de faire la grève ! Une caste réactionnaire et sclérosée, rien d’autre ! ».

C’est très énervant, tous ces commentaires sans fondements… Parce que les parents ont un enfant, ils s’imaginent souvent savoir ce qui est bon ou pas, pour eux, à l’école… Il y a une grosse distance entre Croire et Savoir, autant que de la coupe aux lèvres… Comme si nous, les enseignants,  sous prétexte que nous avons l’électricité à la maison, nous affirmions savoir la faire fonctionner et prétendions donner des leçons à l’électricien ! Tout au plus, arrivons-nous à bricoler un interrupteur avec un dé et un tournevis, sur une ligne déjà établie…

« Que chacun reste à sa place », disaient les anciens, « et les vaches seront bien gardées ! ». Ce qui n’est d’ailleurs pas contradictoire avec de bonnes tables rondes, ou chacun des partenaires apporte de l’eau au moulin, dans un échange respectueux des compétences,  constructif et porteur d’avenir…

L’Education Nationale est une grosse machine qui a des demandes disproportionnées eu égard aux  moyens qu’elle offre aux personnels. C’est une des rares administrations à inscrire dans ses programmes l’apprentissage de l’informatique, sans ordinateur, ou d’une langue vivante, sans professeur de langue… Que dire de l’accueil d’enfants porteurs de handicaps, sans personnels spécialisés !

De tous temps, il a fallu « bidouiller » avec un morceau de ficelle et une punaise, la mise en œuvre de projets irréalistes. Comme si on vous demandait de gravir l’Himalaya en short, chaussés de tongs, un bob vissé sur la tête… Mais on s’accroche ! Place au Système D. Ca, on connait  bien. Très bien même.

Les affres du métier, les maîtres les conservent pour eux. De temps à autre, ils  en parlent, en salle des maîtres. C’est important de travailler en équipe. Ca donne des ailes aux Mousquetaires… Un pour tous, tous pour un ! Les plus expérimentés  réconfortent les débutants et suggèrent des solutions. Cela les renvoie à leurs débuts, pas toujours faciles non plus. L’application des programmes, d’abord. La discipline, ensuite. Ou plutôt l’inverse, car sans discipline, pas de classe harmonieuse… Et un groupe d’enfants, ce n’est pas attentif de façon innée. Le respect de soi-même et autrui, cela s’apprend des deux côtés. Le maître doit trouver la bonne posture pour que son enseignement soit efficace : « T’inquiète pas, on va t’aider. Tu vas y arriver. Serre-leur la vis au début. Et puis relâche peu à peu… Essaie de faire comme ça. Ou comme ça… ».

Mais il arrive aussi que certains collègues se replient sur eux-mêmes. Ils ont honte de ne pas savoir « gérer » leur classe et se laissent envahir par un sentiment d’échec qui en  laisse plus d’un sur le carreau… Et c’est de la classe d’à côté, ou du couloir juste devant la porte d’où s’échappe une puissante rumeur contestataire,  signe que quelque chose ne tourne pas rond, que l’on peut ressentir la souffrance de l’enseignant qui a baissé les bras… La douleur saisit alors chacun d’entre nous, là, au bas du ventre et au creux de la gorge, dans un élan de solidarité instinctif et massif. La bête a mal… Elle a mal à « son » corps enseignant… Un seul corps pour toute une corporation.

Seuls les enseignants qui ont vécu cette terreur de devoir affronter des élèves inconscients et sans pitié peuvent comprendre la détresse de cette solitude sans fond, quand, assis au bureau, immobiles, absents d’eux-mêmes pour mieux se protéger, ils tentent de dérouler un désert devant eux, afin de devenir complètement étrangers au monde qui les entoure. Pour l’instant, leur seul horizon et leur unique avenir ont pour visage une horde de gamins grimaçants et cruels qui ne souhaitent qu’une défaite totale…

Mais,  hop ! Cartable d’une main et cahiers bloqués sous le bras, ils repartent vaillamment ! Car l’enseignement, c’est avant tout du militantisme, et encore plus à notre époque, où le sentiment « d’appartenance à un corps » semble se  réduire comme peau de chagrin. J’y vois la conséquence de la disparition des lieux de formation initiale ou continue, Ecole normale, I.U.F.M., etc…  qui nous donnaient un point de départ commun et nous forgeaient des souvenirs de jeunesse identiques. « Quelle promo ? » D’aucuns dise même que l’enseignement est « Un sacerdoce »…  C’est peut-être pour cela que les candidats à l’enseignement sont de plus en plus rares. Toutes les vocations sont en voie de disparition. Pas bêtes, les mouches !

Le jour de la rentrée pour les élèves, est toujours un évènement, année après année. L’émotion ne s’émousse jamais. Pour les enseignants, c’est la même chose.

Depuis toujours, une semaine avant le jour J, je rêve que je m’achète une trousse neuve que je remplis inlassablement de stylos et de crayons qui n’ont jamais servi. Mais la trousse est sans fond et mes crayons tombent sans que je ne puisse rien faire pour les retenir… Comme le sable entre les doigts. On a beau fermer la main, il s’échappe grain après grain… J’y vois le signe que l’enseignement est un ouvrage qu’il faut sans cesse remettre sur le métier. Nous n’en aurons jamais fini… Et chaque année, au début du mois de septembre, la cloche sonne, pour rappeler le troupeau et organiser sa transhumance jusqu’au bout des programmes…

 

Chapître III

LA SALLE DES MAITRES


Au bout du couloir, une petite salle, exigüe et vétuste. Sur la porte est apposé un panonceau « SALLE DES MAITRES ».

Appuyée contre un mur, pour gagner un peu de place, une vieille table en formica écaillée. Tout autour, des chaises en bois sans âge,  cerclées de fer. Au-dessus, des placards qui ferment mal. Dans un coin, la photocopieuse. Elle a  remplacé la machine à polycopier du passé, celle qui diffusait une bonne odeur d’alcool à brûler qu’on a encore tous en mémoire. Sauf les plus jeunes d’entre nous, qui n’ont pas connu ce relief d’autrefois… On écrivait sur des carbones qui vous maculait les doigts de rouge, de vert, de noir…  Le soir, à la maison, devant la glace, on s’apercevait qu’on avait le visage barré d’un gros trait d’encre et qu’on avait passé la journée déguisé en clown, pour peu qu’on n’ait pas eu le temps de s’arrêter un instant en salle des maîtres et qu’aucune bonne âme ne vous ait signalé que vous ressembliez à un bougnat en livraison…

Accrochées aux murs, des affiches syndicales revendicatives « Tu la prends pour qui, ma maîtresse ? Une superwoman ? » ou, accrocheuses, pour aller à la Cité des Sciences avec sa classe… Ou au Musée du Louvre. Ou ailleurs… Au choix.

Dans une barquette, les derniers documents à lire et émarger. Il y en a de moins en moins.  A présent, tout transite par internet. Il faut aller avec son temps et malheur à l’enseignant qui rechigne encore à se connecter ! Il se coupe tout simplement du  monde…Le choix n’est plus permis.  Mais internet est un mauvais ami qui tombe souvent en panne. Quand ce ne sont pas les ordinateurs, complètement désuets et d’une lenteur désespérante, en complète  opposition avec  un environnement qui veut aller plus vite,  toujours plus vite…

Sur le vieil évier, quelques tasses qui achèvent de sécher et un torchon à  la propreté un peu douteuse. Et puis, Sainte-Cafetière. Pas de salle des maîtres sans cafetière. Jamais. Ce serait un crime de lèse-majesté ! Le café, à l’école, c’est le ciment du socle commun. Et il en faut, du ciment, pour maintenir ce socle branlant à force d’ajouts et de ratures… Un peu de français, un peu de maths et une couche de café ! De l’histoire, de la géographie, et encore une goutte de café ! Ca lie les disciplines et ça consolide les équipes.

En salle des maîtres, on va boire un café, mais on va surtout échanger avec les collègues. Le café, c’est l’alibi. Une école, sans cafetière, c’est comme la plage sans la mer, la montagne sans la neige, le ciel sans le soleil…  Le bruit de la cafetière qui crachote son jus noir dans un pschitt poussif et une odeur réconfortante, c’est avant tout celui de la vie…

Au fond de l’école, tout au fond, dans la Salle des maîtres, bat le cœur de l’école tout entière…

Installés inconfortablement sur leurs chaises trop raides, l’équipe attend. Elle attend que  commence le « Conseil des Maîtres de pré-rentrée ».

C’est ce jour-là que les bases de l’année scolaire sont posées. Le rappel des effectifs des élèves qui vont arriver, demain… Les nouveaux inscrits de l’été, les radiations… Le survol du projet d’école, pour les collègues qui viennent d’être nommés. « Il s’achève quand, au fait ? L’année prochaine ? C’est pas vrai, déjà ? Il va falloir recommencer ? Ouhhhh… ». Gros soupir à cette pensée… Le projet d’école, une idée sans doute louable à la base, mais qu’on perd vite de vue, pris dans l’engrenage des jours qui passent, avec leur cortège de préparations des cours, de corrections, de programmations, de progressions… Le projet d’école, cela sous-entend des rencontres fréquentes de l’équipe enseignante, des réajustements nécessaires, des mises au point indispensables… Beaucoup de temps à dispenser alors qu’on en manque déjà tant…

On ré-organise les différents services : les accueils, les sorties, les récrés, les créneaux dans la salle de motricité, la fréquentation de la bibliothèque municipale, les surveillances des dortoirs… On envisage les rencontres avec  les parents d’élèves, leur élection au Conseil d’école, les dates de remise des livrets scolaires, les sorties scolaires… On  pointe les enseignants absents pour faire remonter à l’Inspecteur de circonscription… On se raconte un peu ses vacances aussi, histoire de prolonger des moments heureux, une espèce de trait d’union avant de sauter dans le grand bain du lendemain.

Mais rapidement, on se sépare… Chacun file dans sa classe. C’est qu’il y a à faire : il faut tout préparer pour l’accueil des élèves. Contrôler les livraisons des fournitures scolaires, remplir le cahier d’appel, vérifier que chaque chose est bien à sa place…

Rien n’est laissé au hasard… Tout est pensé, aucun flottement n’est autorisé.

Bienvenue dans la nouvelle année scolaire !

 

 Chapitre IV

UN LONG FLEUVE TRANQUILLE 

Quelques jours ont passé… Les élèves se sont installés dans une espèce de routine sécurisante qui rythme la vie à l’école maternelle : entre 8h20 et 8h35, ils arrivent avec papa, maman ou tata qui vont jusqu’à la classe pour confier en mains propres le petit dernier au maître.  Quelques mots rapides sont échangés à la porte : « Il a mal dormi cette nuit, beaucoup toussé… Vomi son petit-déjeuner, un peu de fièvre, vous appelez si ça ne va pas ? Bon, tu seras sage ? Tu vas bien travailler ? » Derniers bisous, dernière étreinte…  Des gestes et des propos symboliques et rassurants pour tous, destinés à  passer le relais à la maîtresse ou au maître… C’est à ce moment précis que le regard du parent quitte son enfant pour aller se poser vers un ailleurs besogneux où il n’a pas sa place. Le regard du maître va se substituer à celui du parent. Attentif à ce moment où les responsabilités se transmettent, le petit attend. Il sait qu’à partir de maintenant, il peut aller vaquer sereinement et en toute sécurité à ses occupations d’écolier. Le témoin visuel est passé, Il est entre de bonnes mains.

A 8h40, si les enfants le  souhaitent,  halte aux toilettes.  Le contrôle des sphincters, à trois ans, occupe encore une large place dans la vie du tout-petit : « Maîtresse, il veut pas venir, mon pipi… ». « Tant pis ! Plus tard  peut-être ? Remonte ta culotte ! Tu demandes, si tu as envie… ». Et puis, rituels récurrents de l’accueil du matin : repérage dans le temps, observation de la météo, …  programme des réjouissances jusqu’à l’heure de la sortie, à 16h, quelques chansons et comptines du répertoire enfantin, un conte de fée qui allume des étoiles dans les yeux… Ouverture des ateliers : peinture, pâte à modeler, découpage, collage, …, activités de langage et de mathématiques, … En langage pédagogique « Langage oral et/ou écrit, Découverte du monde, Agir et bouger avec son corps »… Des termes plus barbares qui cachent toutes sortes de situations d’apprentissage…

L’EPS se pratique dans une salle de motricité trop étroite où ballons, cerceaux, sacs de graines, foulards, caissettes, … attendent, soigneusement rangés dans des caisses en plastique de couleur « Merci de ranger le matériel à sa place après chaque utilisation ». Vite, vite, on  se dépêche ! Douze classes doivent se succéder dans ces lieux, 5 minutes de battement pour chacune, et le compte ne sera pas bon, de toute façon… Récré : 30’, en maternelle, pas plus. 20′ seulement, maintenant, avec les nouveaux rythmes qui ont réduit la durée de l’après-midi. Parfois, ça déborde un peu, pas beaucoup. « Oui, mais ça fait une semaine qu’il pleut sans cesse ! Et toujours à l’heure de la récré…  On les tient plus, des vrais fauves ! » Ben oui, normal, quand il pleut et que les enfants doivent rester enfermés toute la journée, ils sont énervés. Mais quand il fait chaud, ils sont énervés aussi. Et quand il fait froid, qu’il y a du vent, de la neige, du verglas, … En fait, si on réfléchit bien, les élèves sont souvent énervés… La météo n’est sans doute pas l’unique cause de cette excitation latente qui transforme l’école en une gigantesque fourmilière. La télé, peut-être, également, jusqu’à 22 ou 23 h tous les soirs ? Les mésententes conjugales, le chômage,  les difficultés sociales et tout le toutim s’ajoutent au reste. La matinée est vite passée…  11h30 : les portes de l’école s’ouvrent pour laisser entrer leur lot de parents qui repartent avec leurs marmots à la main, pour aller déjeuner à la maison.

La plupart des enfants mangent à l’école. Un grand nombre de parents travaillent et sont contraints de laisser leurs enfants à la cantine. Lavage des mains, et puis direction le réfectoire pour le premier service. On s’installe dans un brouhaha de chaises bousculées. « Cholé, où est ta serviette ? Mehdi, arrête de crier ! Paul, ne mets pas ta main dans la carafe !  Isaac, ne joue pas avec le pain ! Qui ne mange pas de porc, à cette table ? »… Un silence relatif revient enfin, à mesure que les estomacs se remplissent… Un bruit de conversations étouffées, comme en font les grands, au restaurant. Un éclat de rire, un cri, un appel, parfois, s’échappent de la rumeur confuse. « Tu n’arrives pas à couper ta viande ? Je viens t’aider…  Tu n’aimes pas ? Eh bien, essaie de goutter un peu quand même, et si vraiment tu es sûr de ne pas aimer du tout, laisse… ».

Les adultes circulent entre les tables, attentifs aux difficultés des enfants. Un regard, une caresse en passant, une stimulation… Une serviette qui tombe est rattachée autour du cou, un verre d’eau est servi, une chaise est redressée… Le repas s’achève dans un niveau sonore qui va crescendo, plus le temps passe. Le premier service libère enfin la grande salle pour une courte récréation qui va permettre aux enfants de se détendre  à l’air libre, avant d’aller prendre un peu de repos au dortoir. La porte de la cour s’ouvre : une nuée hurlante et à bout de patience se précipite dehors en gesticulant. Le calme revient, tout-à-coup, aussi troublant que le bruit qui le précédait. Presque gênant, tant il contraste avec le bourdonnement intense ponctué de pics stridents, brutalement interrompu. Les muscles crispés des adultes se détendent lentement. Ouf… Ca fait du bien, quand ça s’arrête…

Mais le second service piaffe déjà, derrière la porte du réfectoire. Des coups sourds, des rires, des bousculades… Même scénario : on entre dans une salle remise en ordre à la hâte par le personnel de restauration. On s’installe et tout recommence…

L’après-midi va passer aussi vite que le matin : sieste pour les petits,  fatigués par un rythme soutenu, activités diverses pour les autres niveaux. D’aspect souvent plus ludique que celles du matin, elles reprennent des notions à approfondir au travers d’autres situations d’apprentissages. On sait varier les plaisir à l’école ! Récré et sortie des classes…

Encore une de terminée.

 Chapitre V

ON SE CALME !

 

 Ce lundi matin, j’ai rendez-vous dès 8h30 avec deux familles en colère : une représente les parents du « mordeur », l’autre, les parents du « mordu ».

Lucas et Jonathan ne cessent de se chamailler depuis la rentrée. Ils sont accueillis dans la même classe et, bien que systématiquement séparés par les adultes de l’école, ils se retrouvent toujours… Dans la classe, cela ne pose aucun problème, mais dès qu’ils sont placés dans des situations où  le nombre d’élèves augmente en même temps que l’anonymat, comme en récréation, par exemple, ils se battent et cela se termine par une morsure… Ce sont pourtant les meilleurs amis du monde. Des copains inséparables, en quelque sorte, mais avec des manifestations amicales… très coupantes !

Lucas a adopté un mode relationnel tranchant, cette année… Il a déjà mordu légèrement plusieurs enfants de l’école mais   son gibier préféré est devenu son copain Jonathan… C’est qu’il l’aime beaucoup, Jonathan ! A le croquer, au sens littéral du terme. Ce n’est pas un récidiviste, il n’a jamais attiré l’attention sur lui pour cette raison. Scolarisé depuis un an, il n’a pas montré de dispositions particulières en Petite section et il est rarissime qu’un enfant devienne mordeur chez les Moyens ou plus tard…

La morsure est assez fréquente chez les tout-petits. A la crèche, les enfants  mordent beaucoup et sont gentiment signalés par les puéricultrices lors de la visite de présentation de l’école, en fin d’année scolaire précédente. Cette habitude disparait rapidement à l’école maternelle car les moyens d’expression se diversifient avec une plus grande maturité. Lucas a découvert tardivement le pouvoir de ses petites mâchoires, mais les parents de Jonathan  entendent bien défendre leur fils et faire savoir à l’école qui sont les maîtres de ce jeu qui ne leur semble pas amical du tout !

J’installe les deux familles dans la Salle des maîtres, seul local disponible pour recevoir les parents, en dehors de mon bureau, dont la taille très réduite ne se prête pas à l’accueil de parents  décidés à en découdre pour faire respecter les droits respectifs de leurs enfants.

Appelée pour régler un problème urgent dans une autre classe, je reviens quelques minutes plus tard, accompagnée du maître de la classe de Lucas et Jonathan.

Pendant ce temps, les protagonistes ont fait connaissance, une tasse de café à la main…. Finalement, elles se sont trouvées beaucoup de points communs et ont sympathisé. Il n’en demeure pas moins que Jonathan a été sévèrement mordu par Lucas. Et plusieurs fois, dont la dernière, assez profondément ! C’est insupportable, ça ne peut plus durer ! Bien sûr, ce ne sont que des querelles d’enfants, Jonathan étant susceptible, demain, de devenir mordeur à son tour… Qui sait ? Comme l’arroseur arrosé…  Alors ? Où sont les responsabilités ? Il s’agit là de les départager et de désigner un coupable…

Inconsciente de l’entente cordiale  qui s’est faite en mon absence, j’entre dans la pièce. Désireuse d’apaiser les tensions qui se sont exacerbées pendant le week-end, je l’ai constaté à l’arrivée des parents, je débute la rencontre par des propos apaisants qui tombent à plat.

Très rapidement, les parents s’unissent pour me faire remarquer que, dans cette affaire, Lucas n’est pas responsable, pas plus que Jonathan, d’ailleurs. Seule, la  surveillance dans l’école  est à incriminer… J’explique, et le maître aussi, comment l’organisation des services de surveillance se fait à l’école, et combien chacun des adultes de l’équipe est soucieux d’assurer un maximum de sécurité aux enfants qui leur sont confiés. Les statistiques prouvent d’ailleurs que le taux d’accident scolaire est très faible au regard des accidents domestiques. Que cela se vérifie à l’école A…  et que l’on ne peut pas tout empêcher, quand bien même un adulte serait placé derrière chaque enfant…  Qu’il ne faut pas s’alarmer outre mesure, que ces incidents, très banals à l’école maternelle en début d’année vont cesser d’eux-mêmes… Qu’il n’y a vraiment pas lieu de s’inquiéter…

Le ton monte de la part des familles, comme chez ces couples qui se battent dans leur cuisine  et pour lesquels la police a été appelée par les voisins, inquiets de la tournure prise par les évènements… A l’arrivée des forces de l’ordre, les bagarreurs se réconcilient sans raison et se liguent pour agresser les policiers qui se demandent ce qu’ils sont venus faire au milieu d’une famille si unie… Les vociférations des parents de Lucas et Jonathan éveillent soudainement  en moi cette pensée.

A l’aide de paroles réconfortantes pour les uns et les autres, je finis par ramener le calme dans la salle des maîtres. Je comprends que cette situation est désagréable pour les parents de l’enfant mordu, mais qu’elle l’est tout autant pour les parents du mordeur, qui s’inquiètent également, sinon plus,  de ce comportement inhabituel jusqu’alors.

Chaque famille, soucieuse du bien-être physique et mental de son enfant est désorientée et cherche des réponses à des conduites, somme toute communes à l’école maternelle… Le temps va les effacer, pour peu qu’une surveillance discrète mais néanmoins efficace, se mette en place afin d’éviter un nouvel incident, dont les conséquences pourraient être plus graves.

Pour finir, je propose de changer le mordeur de classe, pour « marquer le coup », tout de même. J’ai confiance, je le connais, je sais qu’il va se corriger seul, avec un peu de temps… La rentrée scolaire est toute récente, les groupes ne sont pas encore formés et Lucas ne souffrira pas de la séparation d’avec ses copains de classe, qu’il pourra retrouver dans la cour, durant les récréations.  Plus tard dans l’année, il est sûr que je n’aurais pas choisi cette solution radicale qui peut bouleverser des habitudes rassurantes pour les enfants et les perturber encore davantage.

Satisfaits du compromis, les parents se séparent bons amis. J’ai essayé de choisir la meilleure solution, d’agir « en bon père de famille »… Dans ce genre de cas, ce ne sont pas les textes qui peuvent orienter une décision, mais le simple bon sens et l’expérience auxquels il faut toujours se référer.

J’ai bien entendu les revendications légitimes des uns et des autres et n’ai accablé personne. Il n’y a ni victime ni coupable, dans cette affaire. Les mots, posés sur les actes, ont apaisé un conflit qui aurait pu s’envenimer par ignorance. Ce qui apparaît « anormal » aux yeux de jeunes parents  devient très vite source d’inquiétude  s’ils ne sont pas rassurés. L’école est là pour ça aussi. Elle est un lieu d’accueil pour les élèves et les parents soucieux de l’avenir de leurs enfants.

La suite de l’année scolaire me prouvera que j’ai eu raison : les enfants ont cessé de s’affronter et si Lucas a encore mordu légèrement un autre enfant, il a très vite cessé ces pratiques dérangeantes pour tous.

Tout est rentré dans l’ordre, comme je le pensais : Jonathan n’est pas perturbé, ses parents l’étaient de toutes les façons bien plus que lui. Lucas a retrouvé sa sérénité au sein de sa nouvelle classe, et les deux enfants sont heureux de se retrouver dans la cour autour de  jeux  redevenus paisibles.

 Chapitre VI

MYSTERE AU POTAGER DE L’ECOLE

 

 Depuis plusieurs jours déjà, la barquette de plants attendait, abandonnée sur une table au fond de la classe… La maîtresse les avaient achetés en cachette, et un beau matin, en avait fait la surprise à ses élèves : « Regardez ce que j’ai acheté… Vous savez ce que c’est ? ».

Immobiles et silencieux, les enfants avaient regardé avec attention les petits godets qui contenaient chacun une plantule fragile. La maîtresse avait fait renifler les feuilles aux petits nez curieux et déjà, quelques yeux s’étaient mis à pétiller… « Moi, Maîtresse, je sais ! »… Stéphanie avait fini par lâcher la réponse… « Oui, vous avez raison, ce sont des pieds de tomates ! Nous allons les planter dans le potager de l’école, nous attendrons qu’ils grandissent et puis, au retour des vacances d’été, nous irons les cueillir et  nous préparerons une bonne salade ! ».

Un tour de rôle s’était organisé pour arroser les barquettes de plantes, dans l’attente de leur plantation. Le moment de les mettre en terre arriva enfin… Stéphanie avait expliqué qu’il ne devait plus faire froid pour que les plants puissent s’épanouir au soleil de l’été.

D’un bon pas, le rang s’était ébranlé jusqu’au potager de l’école, situé au-delà de la cour de récréation. Les enfants situés à la tête de la petite colonne, portaient la barquette comme une sainte relique. « Pousse pas, tu vas les faire tomber ! Attention, tu me gênes ! Non, c’est moi qui les porte ! Donne !!!… ». En souriant, la maîtresse avait calmé les ardeurs de ses élèves.  « Ne vous bousculez pas ! Chacun va avoir une tâche à accomplir. Toi, Pierre, tu vas arracher les mauvaises herbes du carré. Matthias et David, aidez-le. Mohamed et Théo, ramassez les racines et mettez les dans le panier. Jade et Sofia, vous irez le porter sur le tas de compost. Les autres, prenez un outil. Vous avez le choix : une bêche, une serfouette, une binette, un râteau… Choisissez celui qui vous convient et retournez la terre afin qu’elle devienne douce et noire, prête à accueillir nos plants !  Après, nous arroserons ! ».

Motivés, les petits jardiniers s’étaient mis au travail, transpirants et pleins d’allant… Les pieds malhabiles piétinaient ce qui venaient d’être retourné, les épaules se télescopaient, les rires fusaient en même temps que les coups de binettes pleuvaient un peu au hasard, sur la terre couverte de chiendent. De temps à autre, Stéphanie réclamait un peu de calme « Attention, Karim, tu vas faire mal à ton voisin. Baisse ton outil ! Léa, prête ton râteau à Elissa ! ».

Après une vingtaine de minutes d’un labeur acharné, la parcelle s’était enfin dégagée, nette et odorante. Quelques enfants accroupis, malaxaient au creux de leur main cette matière un peu collante de laquelle s’échappait une bonne odeur d’humus qui faisait un peu penser à la dernière sortie en forêt, l’automne dernier… Les élèves étaient revenus chargés de trésors : des glands, des feuilles de toutes les couleurs, de la mousse, des châtaignes qu’ils avaient fait griller dans une grande poêle et dont ils s’étaient ensuite régalés, la langue brûlée et les doigts noircis… La récolte des tomates promettaient d’aussi bons moments et chacun, telle Perrette et son pot au lait, se voyait déjà ramassant d’énormes fruits  rouges et parfumés dont ils pourraient raconter l’histoire, le soir à la maison…

Quand tout fut terminé, les élèves rangèrent leurs outils et, satisfaits d’eux-mêmes, se reculèrent pour juger du résultat de leur travail : deux rangées cahotantes formées de plants mous et  cassés sortaient de terre, quelques feuilles pendaient en haut d’une tige décolorée… La terre, tassée par les dizaines de pas maladroits, ressemblaient davantage à un champ de bataille qu’au Potager du Roi… Au pied des plantules, des cuvettes s’étaient formées, remplies d’une eau noirâtre à la surface de laquelle de petites bulles grises et frisées venaient éclater… Comme ils avaient bien travaillé… Tout était en ordre ! Les petits jardiniers pouvaient regagner leur classe. Mission accomplie ! Stéphanie avait promis qu’ils reviendraient régulièrement soigner les tomates et surveiller leur croissance. Ils y comptaient bien !

Le temps passa… Les jours s’ajoutèrent aux jours pour former des semaines… Les petits plants rabougris du début s’étaient étoffés. Au mois de juin, ils se dressaient fièrement, arborant une tige bien ronde et gonflée de sève… Les feuilles avaient poussé formant un petit buisson vert tendre d’où émergèrent bientôt les premières fleurs d’un joli jaune pâle…

Les enfants avaient observé toutes ces transformations avec excitation, guettant l’apparition des fruits… Les grandes vacances étaient arrivées mais les petites tomates étaient encore bien trop vertes  pour envisager la récolte… On se sépara après un dernier regard vers le potager…

Le mois de septembre sonna le glas de l’été… A nouveau, la cour se remplit des cris et des rires des écoliers… Tout au bout, dans le petit potager, les tomates ne se reconnaissaient plus… Enormes, gonflées de jus et de soleil, les plus avancées étaient tombées sur le sol et achevaient de pourrir, tout doucement… Les autres, celles qui étaient encore attachées à la tige avaient grand besoin de soutien… Stéphanie et ses élèves reprirent le chemin du potager pour mettre un peu d’ordre… Ils examinèrent les fruits décomposés et toute la petite faune qui les avait envahis… Ils furent enfouis dans le sol. Stéphanie expliqua que la terre se nourrissait de tout le végétal qui tombait sur elle. Personne n’eut donc de regrets, puisque, finalement, quelqu’un trouvait son compte dans l’affaire…  L’excédent de feuilles fut arraché, les plants furent liés sur un piquet pour pouvoir supporter le poids des fruits… Plus personne ne se souvenait des tiges malingres du printemps. Il ne restait que ces végétaux solides chargés de promesses pour demain…

Trois tomates avaient été remarquées par les enfants. Leur cueillette était imminente… Stéphanie avait réussi à négocier la date de la récole. Ce serait jeudi matin… Impatients, les enfants avaient cédé… On attendrait donc jusqu’à jeudi…

Le jour dit, à l’accueil du matin et avant même que la porte de l’école ne se soit refermée, la mauvaise nouvelle s’était déjà répandue : les tomates de l’école avaient disparu… Et pourtant, tout le monde les avaient vues mardi soir, épanouies et colorées,  mûres à point… Où pouvaient-elles être ? Qui avaient bien pu les prendre ??? Une délégation de trois enfants vint me rendre compte  de l’affreuse disparition : « Jeanne, on nous a pris nos tomates ! On n’a plus de tomates ! ». Les petits visages bouleversés témoignaient assez du drame que nos jardiniers en herbe vivaient pour que l’affaire soit prise au sérieux… Il convenait de diligenter une enquête rapide. Les parents,  informés par leurs enfants,  se renseignaient à la sortie des classes… L’Ecole maternelle était devenue le lieu du « Mystère des tomates », une espèce de Musée du Louvre où planait l’ombre d’un Belphégor en culotte courte……

Tous les personnels susceptibles de les avoir vues en dernier furent questionnés : les animateurs du Centre de loisirs, les cuisinières dont les fenêtres de la cantine donnaient sur le potager, la dame de ménage, le gardien de l’école… Rien. Personne n’avait vu les tomates… Elles s’étaient évaporées. Comme de la fumée… Pschittt… Elles étaient là, et puis soudain, elles s’étaient volatilisées… Oui, mais où ? Comment ? Et qui ?

Les enfants ne pouvaient se satisfaire de ces réponses… Les investigations furent donc poussées encore plus loin. Alors que « l’affaire » commençait seulement à s’estomper pour rejoindre les dizaines d’autres mystères non élucidés, tels que celui de la pièce du puzzle jamais retrouvée, ou celui du petit soldat perdu , ou encore celui de la page du livre arrachée ou crayonnée…  et que l’idée du « Fantôme de l’école » venant la nuit mettre le bazar dans les classes et manger les tomates, se mettait lentement à faire son chemin, le jardinier, un grand, un vrai, vint faire amende honorable : c’était lui qui avait cueilli les tomates… En travaillant aux espaces verts de l’école, il les avait vues, belles, rouges, gonflées de jus, il faisait si chaud qu’il n’avait pas résisté à la tentation, il les avait délicatement détachées de leurs tiges et  mangées, sans imaginer quelle tempête il allait soulever…

Contrit, repentant, il promit de ne plus jamais recommencer… Le mystère était enfin résolu… Quel dommage ! Presque déçus, les enfants baissèrent la tête… C’était si bien, ce gentil fantôme gourmand venant manger sans bruit, la nuit, les bonnes tomates de l’école maternelle !

… Le mystère des tomates est élucidé… Mais pas celui de la pièce du grand puzzle de la Classe 7… Alors, peut-être qu’il existe quand même, finalement, ce fameux fantôme de l’Ecole Maternelle ?

Chapitre VII

JUSTE UNE PETITE ANOMALIE CHROMOSOMIQUE…

 

Si ces textes vous intéressent, simple chronique de la vie ordinaire d’une école maternelle,  reconnectez-vous régulièrement, vous pourrez découvrir  ce qui s’y passe au quotidien, une fois que les portes se referment derrière vous…

A bientôt alors, peut-être !

2 commentaires pour : « La fête à la grenouille »

  • J’ai gardé en mémoire l’odeur des protège-cahiers neufs, celle du cartable, et du bois des crayons de couleur. Celle du tissu du tablier de rentrée…
    Je voudrais bien te voir faire un salto arrière en tutu rose, s’il te plait !!!

    Bises

  • admin

    Tu peux attendre longtemps ! 😉

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