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Histoire du Jardin de l'Echassière

Ce jardin de ville d’un peu plus de 1000 m2 environ aujourd’hui est situé à l’extrême périphérie des villes de Sevran et Livry-Gargan, lieu de villégiature de Madame de Sévigné au XVIIème siècle.

Le jardin de l'échassière

Le jardin de l'Echassière

Le tiers de sa surface est implanté à Livry-Gargan, le reste est situé sur la commune de Sevran, à proximité immédiate du Parc National forestier de Sevran-Livry. Il jouit de l’environnement très agréable du quartier sud de Sevran (Canal de l’Ourcq aux belles rives ombragées, espaces verts du « Golf de la Poudrerie »…) qui s’oppose au quartier nord de la ville, plus connu dans les médias pour la « chaude ambiance » de ses cités à l’architecture surdimensionnée des années 70…

Lors de son achat en 1976, le jardin était pratiquement carrelé sur la moitié de sa surface (environ 600 m2 à l’origine). La première grosse entreprise, en parallèle avec la restauration de la maison au confort très sommaire (les WC étaient au fond du jardin !), a été de le défoncer et d’extirper, un à un, tous les gravats qui avaient fini par faire corps avec lui… Au cours des années qui ont suivi, deux autres parcelles que je convoitais, ont pu être détachées d’un champ situé en mitoyenneté, et ajoutées au jardin existant pour porter sa surface aux 1000 m2 d’aujourd’hui. Peu d’arbres étaient plantés, et seuls quelques vieux fruitiers ont été conservés qui sont, depuis lors, morts de vieillesse ou ont succombé à la grande tempête de décembre 1999.

Passionnée dès l’enfance par tout ce qui touche à la nature, je me suis immédiatement et avec fougue, investie dans ce que je considère un peu comme mon œuvre… Remise à nue, la terre a été bêchée et engraissée avec tout ce qui était possible de l’enrichir : fumier, déchets de tontes, feuilles d’automne, épluchures ménagères…Après deux ou trois ans de ce traitement, elle est devenue plus noire, plus facile à travailler, et s’est montrée plus généreuse à son tour…

N’ayant pas défini clairement de structure préalable, en jardinière novice, j’ai commencé à planter de façon assez désordonnée, sur des coups de cœur ; ce n’est que plus tard, après bien des essais infructueux, que j’ai procédé de manière plus réfléchie. C’est ainsi qu’un Cerisier de Montmorency a fait le tour du jardin avant de trouver, enfin, sa place définitive ! Ce vestige des débuts s’est d’ailleurs écroulé en juin dernier, sous le poids de ses fruits : un soir, je l’ai découvert éventré… Le tronc tiraillé de part et d’autre par le poids des branches, ne sachant de quel côté pencher, avait choisi de rendre les armes en cédant par le milieu. J’ai rempli plusieurs seaux de cerises puis ai débité le vieil arbre qui va nous chauffer tout l’hiver !

Aujourd’hui, il est vraisemblable que je ne concevrais pas mon jardin comme je l’ai fait il y a plus de 30 ans déjà. Néanmoins, mes erreurs de débutante ont presque toujours pu être « rattrapées » et même, parfois, exploitées : les végétaux, mal placés, devenus adultes sont utilisés pour former des bosquets et ménager des « surprises » au visiteur. Mon jardin, bien que petit, ne s’embrasse pas au premier regard, il fourmille de passages et de coins secrets qu’il faut se donner la peine de chercher, mais qui participent à son « âme » s’il en a une…

Au fil des années, mes goûts se sont affirmés et précisés ; j’apprécie tout particulièrement les oppositions : des bordures très nettes avec une végétation luxuriante qui déborde de toute part, des arbres et des arbustes à l’allure libre, ponctués de topiaires rigoureusement taillées, une plage de lumière piquée de points d’ombre… Mon jardin est libre, mais sous liberté surveillée seulement !

L'opulence d'une fin de printemps...

L'opulence d'une fin de printemps...

Le côté sauvage des jardins anglais me séduit beaucoup, mais la rigueur de ceux à la française aussi ! Et les jardins de curé et de grand-mère également ! Sans oublier le charme désuet des jardins médiévaux, qui fleurissent un peu partout aujourd’hui…

Alors, le mien est un peu de tout cela à la fois, sans pour autant trahir l’esprit de chacun, s’il est possible…

Sur les photos présentées dans les différentes rubriques, on peut voir ce contraste : l’été, les structures disparaissent presque complètement sous une abondante végétation, par contre, l’hiver laisse apparaître une discipline certaine. Mon jardin est un modèle unique, toujours perfectible : le jardinage est une activité qui rend humble et qui oblige à la patience : on ne peut pas forcer le rythme des saisons…

Au premier plan, rosier moderne "Iceberg", merveilleux à l'ombre. Au deuxième plan, "Constance Spry", le premier rosier créé par le rosiériste anglais David Austin, en fond, la mare...

Au premier plan, rosier moderne "Iceberg", merveilleux à l'ombre. Au deuxième plan, "Constance Spry", le premier rosier créé par le rosiériste anglais David Austin, en fond, la mare...

Je suis fière d’avoir appris (bien peu…), seule, tout ce que je sais. Mon savoir n’est qu’empirique mais construit avec tant de plaisir et d’amour ! J’aime réfléchir en me promenant dans mon jardin, prendre le temps de m’asseoir sur un des nombreux bancs installés au détour des chemins, pour pouvoir jouir de points de vue chaque fois différents, et rêver…

Je pense que mon jardin possède à présent son propre caractère, forgé à partir du mien, mélange subtil de mes idées, de mes passions, de mes émotions, de mes lectures, des différentes influences que j’ai subies, des visites d’autres jardins et de la confrontation d’autres caractères… Il est ce que je suis : moitié rigoureuse, moitié fantasque !

Je ne suis jamais à court de projets : ainsi, de vieilles grilles récupérées dans une décharge attendent d’être mises en place, de même que d’anciennes cloches de maraîcher, devenues très rares parce que très fragiles, chinées lors des journées antiquités et ornements de jardin, à Vielsmaisons… Nul magasin ne me proposera ces articles tels quels : qu’importe, ils sont nichés dans un coin de ma tête ou de mon jardin, en attente de réalisation…

Un vrai jardin est un jardin vivant : jamais fini, jamais figé. Il y a toujours de nouveaux végétaux à installer, de nouvelles graines à semer, de nouveaux projets ou mises en scène à mettre en œuvre…