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La Malmaison à Rueil-Malmaison (92)

Construit au XVIIème siècle, le Château de Malmaison a été acquis en 1799 par Joséphine Bonaparte qui cherchait une terre aux environs de Paris. Dès son retour d’Egypte, Bonaparte confirme cet achat et le couple consulaire fait alors appel aux jeunes architectes Percier et Fontaine qui transforment la vieille demeure en un exemple unique de style consulaire et raffiné. A partir de 1800, ce petit château devient le siège du gouvernement de la France et s’y succèdent réceptions, concerts, bals et jeux champêtres. Après le divorce en 1809, Joséphine continue de vivre dans cette demeure où elle meurt le 29 mai 1814.

Son fils, le Prince Eugène, hérite de la propriété mais par la suite, le domaine est vendu à plusieurs reprises puis racheté en 1861 par Napoléon III. Il est enfin acquis en 1896 par Daniel Iffla, dit Osiris qui le restaure et en fait don à l’état. Un musée napoléonien est inauguré en 1905.

La visite du château et du parc permet d’apprécier tout le charme de cette « campagne » qui a su conserver son atmosphère et son caractère d’authenticité.

Derrière une belle grille en fer gorgé, le chateau se dévoile...

Derrière une belle grille en fer forgé, le chateau se dévoile...

Vue de derrière... Cette porte vitrée est celle du hall d'accueil. Elle est située face à la porte d'entrée, si bien que l'on peut voir le jardin dès qu'on entre...

Vue de derrière... Cette porte vitrée est celle du hall d'accueil. Elle est située face à la porte d'entrée, si bien que l'on peut voir le jardin dès qu'on entre...

Le château de Malmaison est, avant tout, le château de Joséphine. C’est elle qui y vivra le plus longtemps, Napoléon n’y ayant fait qu’un passage, avant leur divorce… Sous le consulat, il y vient pourtant souvent, sortant ainsi du cadre triste des Tuileries que Joséphine n’aime pas… En 1815, vaincu à Waterloo, il reviendra à Malmaison retrouver le souvenir de celle qui avait été sa « bonne étoile », puis se rendra à l’Ile d’Aix d’où il partira pour Sainte-Hélène.

Son empreinte a fortement marqué les lieux, Joséphine ayant fait fermer toute la partie qui lui était dédiée. On retrouve ainsi au premier étage le Salon de l’empereur, sa chambre, située juste au-dessus de la bibliothèque et à laquelle il accédait par un petit escalier qu’il avait fait construire spécialement pour des raisons de commodité, la salle des armes et la salle de Marengo. Au rez-de-chaussée, la bibliothèque (avec le salon et la chambre au-dessus), la salle à manger, le vestibule, la salle de billard, le salon doré et le salon de musique.. Tous les meubles sont d’époque et le fauteuil favori de Napoléon, le plus ancien, celui qu’il possédait déjà lorsqu’il habitait Paris et dont il fit don à son médecin personnel, siège encore dans la bibliothèque…

Napoléon Bonaparte, en habits de sacre

Napoléon Bonaparte, en habits de sacre

La salle du Conseil...

La salle du Conseil...

La Salle de billard : Napoléon détestait perdre au jeu, c'était un grand tricheur...

La Salle de billard : Napoléon détestait perdre au jeu, c'était un grand tricheur...

Lors de la visite, on peut remarquer les modifications que fit Joséphine à partir de 1810. La décoration devint beaucoup plus raffinée et féminine.

Joséphine était une femme de goût. Elle est née à la Martinique le 23 juin 1763 et a vécu au Domaine de la Pagerie, à une vingtaine de kilomètres de Fort-de-France. Cette propriété, dont il ne reste plus grand-chose, se visite encore… Nous y sommes allés i l y a quelques années déjà… En 1779, elle épouse le Vicomte de Beauharnais qui est guillotiné quelques jours avant la chute de Robespierre. C’est alors qu’elle va rencontrer le jeune Général Bonaparte qu’elle éblouit par sa beauté et sa spiritualité. Il l’épouse… Malheureusement, Joséphine (de son vrai nom : Marie-Joseph-Rose de Tasher de la Pagerie, rebaptisée Joséphine par Napoléon qui n’aimait pas son prénom) ne parvient pas à donner un fils à l’Empereur, bien qu’elle en ait déjà eu deux (Hortense et Eugène) avec le Vicomte de Beauharnais. Napoléon, très épris de Joséphine, se sépare d’elle à regret et dira d’ailleurs, de sa nouvelle épouse, Marie-Louise, « J’épouse un ventre… ».

Joséphine était une très jolie femme. Elle ne sourit jamais sur ses portraits car elle avait, hélas, une très vilaine dentition : le manque d'hygène bucco-dentaire et la génétique...

Joséphine était une très jolie femme. Elle ne sourit jamais sur ses portraits car elle avait, hélas, une très vilaine dentition : le manque d'hygiène bucco-dentaire et la génétique...

Le portrait inachevé : Joséphine est morte avant que le peintre termine son portrait. Il avait prévu de lui mettre une rose dans la main...

Le portrait inachevé : Joséphine est morte avant que le peintre termine son portrait. Il avait prévu de lui mettre une rose dans la main...

Au deuxième étage, une exposition qui présente des effets personnels de Joséphine : robes, souliers, bonnets...

Au deuxième étage, une exposition qui présente des effets personnels de Joséphine : robes, souliers, bonnets...

Le salon de musique : en fond de pièce, il existait autrefois une grande galerie qui abriatait les collections d'objets d'art de Joséphine. Pas entretenue, elle s'est écroulée et n'a pas été reconstruite...

Le Salon de musique : en fond de pièce, il existait autrefois une grande galerie qui abritait les collections d'objets d'art de Joséphine. Pas entretenue, elle s'est écroulée et n'a pas été reconstruite...

La chambre d'apparat de Joséphine : à cette époque, il était courant de recevoir les visiteurs dans la chambre... Joséphine dormait dans une autre chambre, plus modeste...

La chambre d'apparat de Joséphine : à cette époque, il était courant de recevoir les visiteurs dans la chambre... Joséphine dormait dans une autre chambre, plus modeste...

La chambre pour dormir : l'alcove était fermée par un rideau qui permettait de garder la chaleur. En fon, un miroir situé face à la fenetre qui permettait de renvoyer la lumière et d'éclairer le coin...

La chambre pour dormir : l'alcove était fermée par un rideau qui permettait de garder la chaleur. En fond, un miroir renvoie la lumière de dehors et éclaire le coin... A gauche, notre guide, Mr Paoletti, tellement présent que son image est démultipliée !

Dans le boudoir de Joséphine, curieuse boite à lettres dont les rolettes ont disparu...Elle fermait à clefs. Le courrier était introduit par la fente sur le dessus du meuble...

Dans le boudoir de Joséphine, curieuse boite à lettres dont les roulettes ont disparu...Elle fermait à clefs. Le courrier était introduit par une fente sur le dessus du meuble...

Joséphine était passionnée par les fleurs exotiques et surtout les roses… Assistée de botanistes célèbres et compétents, elle va faire de son jardin de la Malmaison à Rueil, l’un des plus beaux de France.

Pierre Joseph Redouté (1759-1840) dessina plus de 167 roses, dont la plus grande partie venaient de La Malmaison. Ses peintures illustrent l’ouvrage célèbre de Claude Antoin Thory « Les roses, décrites et classées selon leur ordre naturel », qui parut en 1817. Redouté contribua largement à consacrer la légende des roses sous l’angle de leur superbe parure, et celle d’une impératrice qu’il aima tant…

Pour accéder à la roseraie située à gauche du chateau, on emprunte un petit chemin très bucolique...

Pour accéder à la roseraie située à gauche du chateau, on emprunte un petit chemin très bucolique...

Vue partielle de la roseraie qui mériterait un entretien un peu plus régulier...

Vue partielle de la roseraie qui mériterait un entretien un peu plus régulier...

A cette époque, les rosiers n'étaient pas cultivés en pleine terre, mais en serre. On  sortait les pots à la belle saison ce qui permettait d'avoir des décors éphémères, facilement renouvelables selon les saisons...

A cette époque, les rosiers n'étaient pas cultivés en pleine terre, mais en serre. On sortait les pots à la belle saison ce qui permettait d'avoir des décors éphémères, facilement renouvelables selon les saisons...

Il existe toutefois une légende selon laquelle Redouté n’aurait pas peint les roses de La Malmaison. En effet, le premier tome de son ouvrage est paru en 1817, quatre ans après la mort de l’Impératrice. Dans les premières pages du livre, il remercie toutes les personnes qui lui ont permis de trouver des modèles, spécialistes et botanistes de son temps. De Joséphine, il n’est pas fait la moindre allusion… Le vent avait tourné et peut-être Redouté ne voulait-il pas se prévaloir d’un régime déchu ?

Dès la fin du XVIIIème siècle, il existait déjà en France quelques pépiniéristes possesseurs de collections importantes, tels que Vilmorin ou André Dupont qui tentèrent tous deux d’établir une classification des roses. Si la plupart des horticulteurs et des pépiniéristes français faisaient venir des variétés nouvelles de Hollande ou d’Angleterre, certains comme Dupont, commencèrent à se lancer dans l’aventure des semis.

La France, dans ce domaine, se trouva bientôt placée en première ligne…

Cette avancée doit sans doute beaucoup à l’intérêt manifesté par Joséphine pour les roses, et à la création de sa roseraie de la Malmaison. Horriblement dépensière, elle avait d’incessants problèmes d’argent parce qu’elle achetait tout en série : parures, robes, chapeaux… Alors avec ce caractère insatiable, comment n’aurait-elle pas succombé à la mode des collections qui sévissait dans les classes aisées ?

A La Malmaison, elle créa une magnifique galerie qu’elle remplit d’objets d’art, galerie aujourd’hui écroulée, mais sa grande affaire, ce fut surtout le jardin… Elle décida de modifier le tracé initialement dessiné par Le Nôtre, afin de lui donner le style romantique et paysager à la mode. Elle fit construire une immense serre chauffée, qui n’existe plus, à côté de la Petite Malmaison, propriété privée qui se visite, et procéda à de nombreux essais d’acclimatation de végétaux.

Plus de 200 plantes nouvelles, telles que eucalyptus, magnolias, géraniums, etc… y fleurirent entre 1802 et 1804. Parmi elles, beaucoup sont très communes de nos jours (dalhia, pivoine en arbre, canna…).

Mais l’idée vraiment originale fut de réunir dans le jardin de la Malmaison toutes les roses connues… Pour la première fois, une telle collection était réalisée sans but commercial. Malgré leur nombre restreint, ce ne fut pas chose facile en raison du blocus commercial (on est dans les premières années de 1800 et la situation politique de la France n’est pas la meilleure…) et de la difficulté de circulation des informations. C’est Dupont qui mit Joséphine en relation avec les meilleurs spécialistes. Pour se procurer des variétés anglaises malgré l’interdit, il se dit que Joséphine aurait obtenu de son royal mari des laissez-passer pour un irlandais qui lui faisait parvenir des roses d’Outre-Manche…

A l'entrée de la roseraie, beaucoup de roses de Provins...

A l'entrée de la roseraie, beaucoup de roses de Provins...

Que des variétés ancciennes, très parfumées, malheureusement pas très bien étiquettées... Dommage !

Que des variétés anciennes, divinement parfumées, malheureusement pas très bien étiquetées... Dommage !

Toutes les plantes de la Malmaison firent l’objet d’un catalogue exhaustif réalisé par le botaniste Brisseau de Mirbel. Hélas, seules les roses, sans que l’on sache pourquoi, échappèrent à ce recencement…

A l’époque de Joséphine, il n’existait pas encore de roseraie : les rosiers étaient cultivés en pot dans la serre et sortis dehors à la belle saison. Ils étaient disposés dans les massifs, selon le style anglais. Joséphine recevait les conseils d’éminents paysagistes comme Charles François ou Aimé Bonpland, du nom de l’actuel Concours de jardin bien connu…

Des roses...

Des roses...

... Des roses...

... Des roses...

... Des roses...

... Des roses...

... Des roses, toutes si belles qu'on ne sait laquelle choisir...

... Des roses, toutes si belles qu'on ne sait laquelle choisir...

La roseraie que l’on peut visiter à la Malmaison est la reconstitution due au travail de Jules Gravereaux, (créateur du « Bon marché » à Paris), célèbre « rodhologue » de la fin du XIXème siècle, selon l’expression alors très utilisée.

Il parvint à retrouver la liste des rosiers botaniques disponibles du temps de l’impératrice mais fut terriblement gêné par la manie que les contemporains de Joséphine –et Joséphine elle-même- avaient de baptiser les roses selon leur bon plaisir, si bien que la liste comportait beaucoup plus de noms qu’il y avait de roses différentes… Heureusement, le double de cette collection unique fut conservé à l’Haÿ-les-Roses car celle de la Malmaison, faute d’entretien, disparut complètement…

L’intérêt porté par Joséphine aux roses stimula l’engouement des rosiéristes, engouement qui se dessinait déjà depuis quelques décennies. Un marché se créa qui permit aux pépiniéristes français de poursuivre leurs recherches… jusqu’à nos jours…

Vibert et Descemet furent les deux grandes figures en matière d'hybridation des roses en ce début de XIXème siècle... Descemet a été un des premiers, si ce n'est Le premier, à faire des semis de roses en France. I l s'exila pour des raisons politiques et ce fut Georges Vibert, qui avait repris ses rosiers, qui les commercialisa en faisant précéder dans son catalogue les rosiers issus des semis de Descemet de la lettre D...

Vibert et Descemet furent les deux grandes figures en matière d'hybridation des roses en ce début de XIXème siècle... Descemet a été un des premiers, si ce n'est Le premier, à faire des semis de roses en France. Il s'exila pour des raisons politiques et ce fut Georges Vibert, qui avait repris ses rosiers, qui les commercialisa en faisant précéder dans son catalogue les rosiers issus des semis de Descemet de la lettre D...

Le château de Malmaison est un lieu unique, à plusieurs niveaux : historique, bien sûr, pour Napoléon Bonaparte, mais ce qui me touche le plus est la personnalité de Joséphine, femme fragile douée d’une forte personnalité… Le Domaine est empreint de l’âme de cette femme hors du commun dont la présence est palpable à chacun de nos pas…

Si en plus, vous avez la chance de bénéficier d’un guide extraordinaire du nom de Thierry Paoletti, alors votre visite sera magique ! Je vous incite même à vous renseigner avant, afin de programmer votre sortie en fonction de la présence de Mr Paoletti et de pouvoir ainsi bénéficier des connaissances sans fond de ce spécialiste, qui semble, en outre, incollable dans tous les domaines de l’histoire…

MUSEE NATIONAL DES CHATEAUX DE MALMAISON ET BOIS-PREAU
Avenue du Château de Malmaison – 92500 RUEIL MALMAISON
Ouvert du 1er octobre au 31 mars : en semaine de 10h à 12h 30 et de 13h 30 à 17h 15, le week end , jusqu’à 17h 45,
et du 1er avril au 30 septembre : de 10h à 12h 30 et de 13h 30 à 17h 45, jusqu’à 18h 15 le week end.

Tarifs : 5 € – Tarif réduit : 3,50 € – Gratuit pour les moins de 18 ans, demandeurs d’emploi et familles nombreuses.
Tel 01 42 29 05 55/57 – www.chateau-malmaison.fr

7 commentaires pour : La Malmaison à Rueil-Malmaison (92)

  • Thierry Paoletti

    Je vous remercie pour votre lettre qui m’a beaucoup touché. Bien plus que mon autorisation, c’est moi qui vous invite à faire partager votre passion pour le château de Malmaison qui a tant besoin de
    visiteurs. Votre site que j’ai découvert avec plaisir va contribuer, je l’espère, à faire revivre ce lieu qui doit tant à Joséphine.

    Encore merci, amitiés.

    Thierry Paoletti

  • admin

    C’est moi qui suis touchée de votre accord : nous passons de si bons moments en votre compagnie que je me devais de ne pas etre égoiste et d’en faire profiter les autres -avec votre permission ! Si vous faites une visite à thème en automne, au sujet de « Joséphine et les sciences »nous ne manquerons pas de venir une fois de plus vous écouter. J’espère, comme vous, que de nombreux visiteurs se presseront à La Malmaison qui mérite vraiment qu’on s’y attarde… Et qu’on y revienne ! La prochaine fois, je me présenterai afin que nous fassions connaissance. Amicalement à vous. Chantal

  • daubat elizabeth

    Bonjour, je suis à la recherche du nom d’un rosier qui est chez ma mère depuis plus de 65 ans. Vous avez mis une photo de ce rosier c’est l’avant derniere ou il y a marqué… DES ROSES TOUTES SI BELLES etc….
    J’ai eu l’occasion de visiter le château de Reuil Malmaison le 5 fevrier 2012, mais sous la neige!!!! très beau.
    Merci d’avance.
    Cordialement.

  • admin

    Bonjour,
    Il y a tant de rosiers, et tant qui se ressemblent qu’il est difficile, comme ça, de les reconnaître… Envoyez moi la photo, peut-être en est-ce un facilement reconnaissable ? michelkera@aol.com

  • admin

    Je pense que c’est « Souvenir de la Malmaison » (BELUZE, 1843), un rosier bourbon, roi de la beauté et du parfum, selon André Eve et les catalogues du XIXè siècle qui la décrivaient déjà ainsi… Les fleurs sont d’un délicat coloris rose chair nuancé de crème palissant en s’ouvrant. Elles sont grandes et doubles, d’abord turbinées en bouton, comme une rose moderne, puis prennent toute leur apparence de rose ancienne. Petite remontée à l’automne… Elle préfère les situations ensoleillées. C’est bien ça ? Je vous souhaite de la garder encore longtemps, c’est une petite merveille…

  • toussaint jean pierre

    Bonjour, Monsieur Thierry Paolitti,

    j aurai grand plaisir, mon cher Ami a reprendre contact et de converser de nouveau avec toi.

    Bien cordialement

    Jean Pierre Toussaint

    Port : 06 63 17 32 77

  • admin

    Bonjour Monsieur,
    Je ne suis pas Thierry Paoletti, mais une visiteuse de La Malmaison qui a beaucoup apprécié les commentaires de Mr Paoletti. Pour avoir des infos sur ce monsieur, prenez plutôt contact avec le musée.
    Bien à vous.

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