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Autres temps, autres moeurs...

Les secrets de jardiniers se transmettent souvent de générations en générations, comme les recettes de cuisine que nous lèguent nos grand-mères… La lutte contre les insectes et les maladies n’est pas une guerre nouvelle. De tout temps, les jardiniers n’ont eu de cesse de préserver la santé de leurs plantes en soignant leurs maladies et en combattant les insectes qui les attaquaient…  voici quelques conseils de retour du XVIème siècle, exempts de toute allusion à des traitements chimiques ou à l’utilisation de pesticides…  Non, rien que du simple, du facile à mettre en œuvre, dont je vous laisserai le soin de tirer vous-mêmes les enseignements…

Insectes et animaux malfaisants :

–         Les chenilles : Circuler dans le jardin à la recherche des chenilles. Pour s’en débarrasser, secouer les plantes à la main pour les faire tomber…

–         Les limaces : Les chercher sur le sol « Soir et matin » et les ramasser pour les supprimer…

–         Les fourmis : Les appâter à l’aide d’os encore recouverts de viande que l’on disposera à terre, afin de les attirer, pour ensuite les jeter dans le feu ou les noyer…

–         Les souris : le remède miracle est l’utilisation du chat : « Plus il y en a, mieux c’est…» Quoi de plus banal ? La suite l’est moins… : « On les écorche (les chats…) et on remplit de paille les peaux et les ayant bien recousues et mises comme ils se tenaient sur leurs pieds, on les frotte par dehors de leur propre graisse et on les met dans les endroits où les souris ont coutume d’aller, l’odeur de cette graisse et la vue de leurs ennemis, les épouvante et leur fait prendre la fuite »…

Ces précieux conseils sont extraits d’un ouvrage écrit en 1624 par le célèbre jardinier de Louis le quatorzième, Jean-Baptiste La Quintinie,  qui rassemble quatre traités relatifs à différents sujets « Des jardins fruitiers et potagers », « Traité de la culture des orangers », « Réflexions sur quelques parties de l’agriculture » et « Nouvelle instruction pour la culture des fleurs ». Les conseils notés plus haut sont extraits du dernier.

J’ai un peu de mal à imaginer une promenade champêtre en 1680 dans « Le potager du roy » : slaloom obligé entre les quartiers de viande pourrie et  les malheureux animaux empaillés… Comme quoi, autres temps, autres mœurs…

Un peu d’histoire : Jean-Baptiste la Quintinie est né en 1624. Juriste de formation, rien ne le destinait à devenir le jardinier célèbre qu’il est devenu, à la suite d’un voyage en Italie… « Récupéré » par Louis XIV, après la disgrâce du Surintendant des finances, Fouquet, pour lequel il travaillait à Vaux-le-Vicomte, c’est  à lui que va être confiée la tâche ingrate de faire sortir de terre « Le potager du Roy »… Nommé « Intendant pour les soins des jardins fruitiers et potagers de Versailles », il  va, aidé d’une armée dévouée, remuer des tonnes de vase pour métamorphoser  une terre marécageuse en véritable Eden, destiné à nourrir toute la cour… Eloigné des préoccupations futiles et de l’insouciance des courtisans, La Quintine va consacrer sa vie entière au jardin… Pas de femme, peu d’amis, simple à l’extrême, de caractère ombrageux, épris de solitude, il va bénéficier de l’estime du monarque sa vie durant…  Anobli en 1687, il meurt à Versailles en 1688, deux ans environ avant la parution de son ouvrage.

« Le potager du Roy », sauvé par miracle des mains des promoteurs versaillais, est son testament posthume : un lieu de visite fantastique pour qui aime le jardin et la botanique…

Et pour les chats, sans rancune, Monsieur de la Quintinie ! Alors qu’au XXIème siècle, le code civil continue de classer les animaux dans la catégorie des objets, rien d’extraordinaire à ce que vous les ayez fait écorcher sans autre forme de procès il y a presque quatre siècles…

Statue de La Quintinie, au Potager du Roy...

Statue de La Quintinie, au Potager du Roy...

La maison de La Quintinie, dans un coin du Potager...

La maison de La Quintinie, dans un coin du Potager...

Les allées conduisent toutes à la grande fontaine centrale où les jardiniers allaient puiser l'eau source de vie...

Les allées conduisent toutes à la grande fontaine centrale où les jardiniers allaient puiser l'eau, source de vie...

Toutes sortes de légumes, dont les asperges et les petits pois dont le roi raffolait...

Toutes sortes de légumes, dont les asperges et les petits pois dont le roi raffolait...

... et toutes sortes de fruits, dans un grand nombre de variétés pour échelonner les récoltes et variéer les plaisirs...

... et toutes sortes de fruits, dans un grand nombre de variétés pour échelonner les récoltes et varier les plaisirs... Lors de ma visite, je n'ai pas vu d'épouvantails-chats...

Chez moi, Zoé mon adorable chatte persanne est reine en son royaume, quand elle descend au jardin...

... Chez moi, Zoé mon adorable chatte persane est reine en son royaume, quand elle descend au jardin...

Lectures recommandées : Dans leur version originale (la plus surprenante…), les quatre traités de Jean-Baptise la Quintinie, cités plus haut, et  « Monsieur le jardinier », de Frédéric RICHAUD,  Grasset, Edition Le livre de poche. Mon avis : Un excellent petit ouvrage qui se savoure comme un fruit, en prenant son temps... Simple et philosophe… Et celui de Pierre Kyria, journaliste au Monde : « Alerte et lumineux, d’une fine élégance de plume… Un délicieux divertissement rythmé par les saisons de la nature et celles de l’étiquette ».

… Un court extrait des dernières lignes de ce petit livre de 158 pages, juste pour vous faire monter l’eau à la bouche (La Quintinie vient de mourir…) : « Le corps était couché face contre terre. Les fourmis l’avaient dévoré les premières, puis les charançons, les pucerons, les rhynchites, les tingis, les vers blancs s’étaient mêlés au festin. Ils avaient gagné les orifices par milliers, plongé dans les conduits sombres des artères, creusé de nouvelles galeries au milieu des entrailles, entaillé la peau à coups de griffes et de cornes. La chair du jardinier s’animait de vies innombrables. La terre s’ouvrait pour accueillir ce corps aux boursouflures grouillantes. Il tombait, lentement, au milieu des racines, des bulbes et des insectes ».

… Y a t-il une meilleure mort pour le jardinier que celle qui le ramène à la terre dans une osmose qui ressemble à la vie éternelle ?…

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